SCÈNE XVII. i
trat, parce que c’était à qui donnerait le moins; ici c’est tout le contraire.
ADÈLE
Aussi j’espère bien que le nôtre ne se rompra pas. Veuillez bien , Monsieur , écrire soixante mille francs.
MADAME FUTILE
Nous pouvons signer maintenant.
LE NOTAIRE
Il est encore une clause à remplir , et c’est la plus essentielle : les futurs conjoints se marient sans doute séparés de biens ?
ADELE ^ se levant,
Expliquez-moi cette clause , je vous prie.
LE NOTAIRE
En vous mariant séparés de biens , si votre mari se trouvait obéré par suite d’opérations hasardeuses, votre fortune n’en resterait pas moins intacte, et vous ne seriez pas tenue au paiement des dettes qu’il aurait contractées.
ADÈLE
C’est-à-dire que si , par suite d’affaires malheureuses , mon mari perdait sa fortune , il se trou-
MADAME FUTILE
verait sous ma dépendance et n’existerait que de mes dons, qu’il serait ruiné, quand je conserverais encore de l’aisance. Non! Je veux être riche ou pauvre avec lui.
LE NOTAIRE
Mais s’il faisait des dettes ?
ADÈLE
Je les paierais.
LE NOTAIRE
Vous seriez toujours libre de les payer, mais du moins vous n’y seriez pas obligée.
ADÈLE
Et quel inconvénient voyez-vous dans cette obligation-là même? Il n’en pourrait résulter qu’un bien, puisque mon mari sentirait qu’il ne peut rien hasarder sans exposer re;xistence de sa femme. Se séparer de biens en se mariant , me paraît-étre une prévoyance peu délicate ou une défiance injurieuse pour celui qu’on épouse. L’homme du choix de mes parens est un honnête homme. Je n’ai rien à craindre, point de précaution à prendre , et je le répète : bonheur , malheur , je veux tout partager avec lui.