SCÈNE VIIL
mon cher Monsieur; il Test encore.... qui a bu boira. J’ai eu bien des peines et bien du plaisir. Il faut que je vous conte tout cela.
DORMEUIL
Miséricorde !
MADAME SAINT -ALEAN.
Je parle d’un temps bien éloigné; mais il est un âge où on aime à se rappeler ses premières amours. De si doux souvenirs vous reportent* au printemps de la vie.
(Pendant le couplet qui précède , Mme Saint-Alban a pris le fauteuil de Dormeuil ^ et s’est assise. )
DORMEUIL, à part.
Voilà la vieille établie !
MADAME SAINT -ALEAN.
Mon père , qui demeurait à Château-Landon , était tailleur de pierres. C’est un métier bien dur , et qui ne peut se transmettre qu’aux garçons. Quand j’eus seize ans, il me dit : Ma fille , nul nest prophète en son pays,
DORMEUIL
Il paraît que les proverbes sont héréditaires dans la famille.
MADAME SAINT-ALBAN
Tu vas partir pour Paris. Je t’adresse à un
L’AUTEUR EN DÉFAUT
enfant du pays, qui s’est établi comme coiffeur, et qui fait de bonnes affaires : tu apprendras à coiffer les dames. La terre ne te manquera pas , le soleil luit pour tout le monde. Mon bagage était léger; mon paquet fut bientôt fait : me voici dans la diligence. Vous savez, mon cher Monsieur, que pour peu qu’une diligence soit étroite , on est pressé les uns* contre les autres. Je me trouvais précisément placée près d’un jeune mousquetaire. Gomme j’avais peur en voiture, à chaque cahot, je me rapprochais de mon voisin. Il prit cela pour une attention particulière ; les hommes sont si avantageux ! Descendus de la diligence,' il voulut absolument me conduire chez mon coiffeur : il me fallait un guide , j’acceptai son bras. Je n’étais jamais venue à Paris; le bruit et la foule m’étourdissaient. Chaque voiture qui passait près de moi, me faisait tressaillir, et je serrais contre mon cœur le bras de mon mousquetaire. Enhardi par ces douces pressions , qu’il prenait pour de nouvelles marques d’intérêt, il me demanda, chemin faisant, la permission de me venir voir.
DORMEUIL, àpart.
Elle ne me fera pas grâce de la moindre circonstance.