SCÈNE VIIL
MADAME SAINT-ALBAN
Il avait été si complaisant pour moi que je craignis d’étre impolie , ingrate même, en le refusant. Pour lui donner libre entrée dans la maison de mon coiffeur ^ nous convînmes qu’il passerait pour mon cousin. Nous arrivons. M. Ferdinand , le coiffeur auquel j’étais adressée, était dans la fleur de l’âge, beau comme Apollon. Il parut surpris et charmé en me voyant ; il fronça le soucil en regardant mon prétendu cousin ; celui-ci prit congé de nous , et me voilà installée.
DORMEUIL
Mais , Madame .
MADAME SATNT-ALBAN.
Ne -m’interrompez pas , Monsieur , vous me
feriez perdre le fil de mon récit . Où en
étais-je donc?
DORMEUIL
Ma foi, Madame, je n’en sais rien.
MADAME SAINT-ALBAN
C’est égal . Ah! m’y voilà. J’en étais à mon
arrivée chez M. Ferdinand, coiffeur. Je crois avoir dit que dès le premier moment M. Fer-
‘^24 L’AUTEUR EN DÉFAUT
dinand m’avait vue avec plaisir. De mon côté^ la première impression qu’il avait faite sur moi lui était assez favorable. Quelques jours après mon aimable coiffeur me fit une déclaration un peu tirée par les cheveux; mais, quand on est jeune, tout paraît charmant : il n est chère que d'appétit.
DORMJEUIL , avec impatience.
Madame.... O
MADAME SAINT-ALBAJy. '
Permettez, Monsieur, que je continue.
DORMEÜIL.
J’empêcherais plutôt la rivière de couler que cette vieille de conter ses amours.
MADAME SAINT-ALBAN
M. Ferdinand avait pour ami un jeune maître de danse nommé Léger. C’était Zéphir ou plutôt l’Amour. Il logeait en face de notre boutique. Sa chambre était placée vis-à-vis de la mienne. Tous les matins , tous lès soirs, il faisait des ployés, des petits, des grands battemens, des pas d’étude. Quelle légèreté, quelle grâce , quelle vigueur! Cachée derrière une jalousie, je le contemplais avec ivresse. Je répétais tous ses mouvemens; sans m’en apercevoir, j’en de-