SCÈNE YIII
venais folle. Me parlait-on, je répondais par une pirouette ou par un entrechat. Je ne faisais que sauter jour et nuit. Il m’offrit de me donner des leçons; vous jugez avec quel empressement j’acceptai cette offre. Ah ! Monsieur,- quel homme! C’était un danseur infatigable : et comme il dansait le menuet! et quelle danse que le menuet !
DORMEUIL , interrompaut avec liumeur.
Ma foi. Madame .
MADAME SAINT-ALBAN
Je vous devine. Monsieur, vous prétendez que le menuet est passé de mode ; eh bien ! tant pis. Pour peu qu’une femme ait une jolie taille , le pied mignon , que la nature l’ait douée de quelques charmes , quelles grâces ne déploie-t-elle pas dans un menuet? Cette danse enchanteresse n’est pas moins favorable à un homme. S’il a la jambe bien faite , le jarret bien tendu, les épaules effacées, le regard vif, il peut faire valoir tous ces avantages dans un menuet. A présent, les jeunes gens sautent comme des pies sur tles plaques chaudes, et ils croyent danser , ils tournent comme des
L’AUTEUR EN DÉFAUT
tontons , et ils appellent cela valser. Avez-vous dansé le menuet autrefois , M. Dormeuil ?
DORÜMEUIL ^ brusquement.
Je n’ai jamais dansé, Madame.
MA.DAME SAmX-ALEAJN.
Vrai?
DORMEUIL
Il y a si long-temps, que je ne m’en souviens plus.
MADAME SAIIVT-ALBAN.
Je parie que vous avez dansé le menuet ?
DORMEUIL
Eh qu’importe !
MADAME SAINT -ALBAN
Je veux savoir à quoi m’en tenir.
DORMEUIL
Eh bien, Madame, si cela peut vous satisfaire, oui ! j’ai dansé le menuet, autrefois.
MADAME SAINT -ALE AN
J’en suis enchantée ! Eh bien , mon cher Monsieur , nous allons le danser ensemble , cela nous rajeunira.