XII PRÉFACE
veut être occupé , le cœur a besoin d’émotions : car vivre , c’est sentir , c’est penser, et le théâtre satisfait ces deux premiers besoins de l’âme,
MADAME DE
Mais , messieurs , n’y voyez-vous aucun danger ? Emilie va rarement au spectacle , et quand je l’y conduis , j’ai soin de m’assurer que les pièces qu’elle va voir ne contiennent rien qui puisse porter le trouble dans un cœur qui doit rester paisible. Voudriez-vous que je l’exposasse à exprimer sur la scène des sentimens quelle doit ignorer ?
M. DE B
Et puis, il est des ouvrages qu’on ne peut montrer sans théâtre , sans décorations , qui fassent illusion , et .
LE VIEIL AMI
Je t’entends, mon ami ; tu trembles pour
PKÉFACE.
les orangers. Madame, avec une prudence que je ne puis trop louer , craint pour sa fille l’emploi qu’on lui destine. Il vous faudrait de ces pièces où le vis comica s’unît tellement à la décence, qu’une mère pût les laisser jouer à sa fille.
MADAME DE
Oui, mon ami.
LE VIEIL AMI
Et qu’on pût représenter sans appareils , dans un salon ?
M. DE B
Précisément.
LE VIEIL AMI
C’est difficile à trouver.
M. DE B
Au lieu de les prendre dans le répertoire des théâtres , nous jouerons des Proverbes.
XÏV
PRÉFACE
LE VIEIL AMI
Ah ! mon cher de , te voilà tombé de Carybde-en-Sylla. Choisiras-tu dans ees petites pièces sentimentales , composées pour les pensionnats de jeunes demoiselles ?
MADAME DE B
Ce serait à périr d’ennui.
LE VIEIL AMI
Ou laisseras-tu jouer des Proverbes tels que ceux de Collé et de Carmontel, qui? il est vrai , pétillent de gaîté et d’esprit 5 niais sont écrits avec une liberté qu’on ne supporterait pas aujourd’hui ?
MADAME DE
Dieu nous en préserve !
l’auteur.
Vous oubliez, messieurs, que depuis quelques années un auteur a publié des
PRÉFACE
XY
Proverbes dramatiques qui ont obtenu un succès mérite.
M. DE B
Je les connais ; tous sont charmans , nous en jouerons ; mais , mon cher ami , craindriez-vous d’entrer en lice ?
l’auteur.
Moi ?