‹ Proverbes dramatiquesChapitre 3 sur 217 · M. DE · texte numérisé non relu

M. DE

Oui, vous.

l’auteur.

Je ne m’abuse pas au j)oint de m’exposer à une pareille rivalité'.

M. DE B

Modestie d’auteur. Je compte sur vous.

l’auteur.

Je voudrais de tout mon cœur pouvoir faire ce que vous désirez ; mais .

XYI

PRÉFACE

MADAME DE B

Point de mais; il le faut, mon ami.

( Bas à l’Auteuv. } Vous me ferez pour Emilie des rôles d amoureuses , où il nj aura pas d’amour.

l’auteur.

(]’est assez embarrassant.

M. DE B

J’exige de vous ceite complaisance pour être sûr que nos Proverbes seront tels que je les veux. Ecoutez-moi bien: vous allez faire des Proverbes dramatiques • ne perdez point de vue que le but de tout ouvrage dramatique est déplaire à la représentation. Je sais les difficultés que le genre vous oppose. Le Proverbe se joue terre-à-terre dans un salon, des paravens tiennent lieu de décorations, point d’illusion théâtrale. Renfermé dans un cadre étroit , l’auteur ne

PRÉFACE

j3eut donner à son ouvrage assez de dëveloppemens pour amener des situations fortes, ou nouer une intrigue compliquée. Vous compenserez ces désavantages par des détails bien étudiés , des caractères soutenus , une action simple mais attachante , qui ait quelque péripétie, et soit terminée par un dénouement complet.

l’auteur.

Eh! monsieur, c’est m’imposer toutes les conditions qu’on exige d’une bonne comédie, T

M. DE B

Aux nuances près que ]e viens d’indiquer. D’ailleurs , vous pouvez appeler à votre secours la comédie -épisodique, qui rentre spécialement dans le genre du Proverbe dramatique. Mais alors copiez fidèlement. Point de portraits de fantaisie. Que tous vos personnages aient un tel ca-

XV in

PREFAÇA.

çhet d’originalité , qu on puisse dire : J’ai vu de ces geps-làj dans le monde,

l’auteur.

-, Peut-être aussi voudrez-vous que ces personnages soient pris dans les classes élevées de la société ?

M, DE B

A cet égard, carte blanche. Dans les classes élevées , il règne un ton de convention qui donne aux manières , au langage , une ressemblance uniforme. Vous chercheriez des couleurs prononcées, vous ne trouveriez que des nuances. Obligé , comme je l’ai déjà dit , de suppléer par des détails à une action forte , votre dialogue dégénérerait peutêtre en causeries de salons. Prenez vos personnages partout où vous leur trouverez une physionomie franche etnaturelle. Pourvu que vous respectiez les convenances, ne

PKÉF4CE.

craignez rien. La bonne compagnie aime quelquefois à se travestir.

l’auteur.

Malgré cette concession , l’entreprise m’effraie , et , je le dis avec vérité, elle est cent fois au-dessus de mes forces.

M. DE B

Essayez, mon ami. On fait quelquefois plus qu’on ne croyait pouvoir faire. 1 âchez d’approcher du but , si vous ne pouvez l’atteindre. Mais ce n’est pas tout : vous écrivez pour des amateurs, tous veulent avoir également du plaisir. Que chaque rôle de vos pièces soit facile et brillant. Point de ces personnages accessoires qu’on ne joue que par complaisance ; dans une action simple vous pouvez vous en passer.

l’auteur.

Nouvelle dilïiculté !

PRÉFACE

LE VIEIL AMI

Vous nêtes pas au bout, mon pauvre auteur; écoutez-moi à mon tour. Toutes nos ide'es sont aujourd’hui tourne'es vers la politique ; elle se glisse partout : dans les salons, sous les échoppes, dans l’oraison funèbre et dans la chanson. Pourrait-il en être autrement ? Comment rester indifférens aux grandes questions qui s’agitent , quand elles intéressent nos droits et nos libertés ! Tous les hommes d’un cœur droit appellent de leurs vœux le règne des lois ; mais tous ne s’accordent pas encore sur les moyens de parvenir à cet ordre de choses que d’avance nous avons payé si cher. Delà, ces différences d’opinions, sources de discussions véhémentes qui divisent les sociétés les plus intimes , les familles les plus unies. Faisons trêve un moment à cette lutte pénible. Point de politique dans vos Proverbes, monsieur ; nous ne voulons pas mettre aux

PRÉFACE

prises des amis qui viennent avec confiance partager nos plaisirs.

l’auteur.

Ah! messieurs 5 voilà le coup de grâce! Vous venez de dire qu’on voulait de la politique partout , et vous n’en voulez pas dans mes Proverbes. C’est m’enlever tous moyens de succès.

M. DE B

Rassurez-vous 5 il vous en reste encore. Jetez les yeux autour de vous, et vous trouverez une foule d’originaux à peindre. Etudiez-les , reproduisez fidèlement leurs traits. Si vos tableaux sont vrais, ils plairont aujourd’hui et dans tous les temps. A l’ouvrage, mon ami, à l’ouvrage!

Ai -je approche du but qu’on m’avait marqué? Le lecteur en jugera.

PRÉFACE

Je termine ici ma Préfacé, déjà trop longue peut-être; si mes Proverbes font plaisir, ils n’ont pas besoin d’apologie; s’ils sont mauvais, tout ce que je dirais ne les rendrait pas bons.

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