‹ Proverbes dramatiquesChapitre 21 sur 217 · SCÈNE YIl · texte numérisé non relu

SCÈNE YIl

DURMONT, piqué.

Mes petites affaires.... Je ne suis pas mécontent de mes petites affaires.

RICHARD

Oui, j’ai appris que tu étais.... employé....

Sous-chef.

RICHARD

A la bonne heure. Qu’est-ce que c’est que ça ! une place de sous-chef , ça vaut-il quelque chose ?

DURMONT.

c’est une place considérée, et qui doit me faire parvenir à des emplois élevés.

RICHARD

Eh bien , tant mieux ! J’en suis content pour toi. Tu en avais besoin ; entre nous , la fortune ne serait pas venue te visiter dans ta bicoque de Château-Chinon.

DURMONT.

On se plaint, en province, de l’insouciance des hauts fonctionnaires pour leurs agens : on les calomnie. Dès que leur mérite leur est signalé, leur justice ne se fait pas attendre Le

LE PETIT AMBITIEUX

îiiinistre m’a appelé près de lui, et j’espère que bientôt....

IIICHAED.

Il faut que je te dise ce qui m’amène ici. J’ai peu de temps à moi ; les affaires avant tout. Deux propriétaires de mon département , gens d’une haute considération (ils sont des plus imposés), sachant que je venais à Paris, m’ont chargé de solliciter une décision sur des réclamations qu’ils ont adressées à ton ministère. Je n’ai pu les refuser. Mais tu sens bien que je suis neuf dans le métier de solliciteur , et c’est un dédale que vos bureaux; je m’y perds. Rends-moi un service.

DÜRMONT.

De tout mon cœur. De quoi s’agit-il? Je te répéterai ce que disait à un illustre personnage un de nos prédécesseurs (je veux dire un ministre) : si la chose est impossible, elle se fera ; si elle est possible , elle est déjà faite.

RICHARD

Eli bien! charge -toi de démêler la fusée. Voici une note de pétitions, de pièces produites ; vois ce qu’il y a de fait , ce qui reste à faire , et écris-le moi à Lyon. Je n’ai pas de

SŒNE YII. 39

temps à perch e en démarches pour les autres ; j’ai mes intérêts à soigner : les affaires avants tout.

DURMONT.

Je m’en charge. ( Avec iulention ; ) Et voilà l’affaire qui me procure le plaisir de te voir ?

RICHARD

J’étois bien aise de renouveler connaissance avec toi. Ta fille, elle doit être grande à présent?

DURMONT , à part.

Enfin.... (h«ui.) Cécile est à présent....

Tu sais que Richard est reçu agent de change ?

DURMONT, à part.

Yoyons-le venir. (Haut.) Oui, j’ai lu sa nomination dans les journaux ; je t’en fais mon compliment sincère. Quant à Cécile....

RICHARD

C’est un excellent sujet, il fera son chemin.

DUE MONT

Il a de qui tenir....

RICHARD

Il m’a donné un peu de tintoin. J’aurais

4o LE PETIT AMBITIEUX.

voulu qu’il me succédât dans le commerce ; mais aujourd’hui les enfans veulent-ils embrasser la profession de leur père? Il avait fait quelques voyages à Paris ; il a voulu s’y fixer.

DURMOWT. (■

Paris est si séduisant pour les jeunes gens l

RICHARD

Je l’ai placé chez un banquier. Ne lui avait-il pas pris envie de suivre la carrière de l’administration ?

DURMONT.

Il aurait pu y parvenir.

Fi donc ! métier de paresseux 1 II faudrait n’avoir pas un sou : j’aimerais mieux le voir cordonnier. L’ouvrier qui travaille aujourd’hui est maître de travailler demain ; mais l’employé, quel qu’il soit , est-il assuré de sa place? Dépendant des événernens politiques, il a aujourd’hui un état, et demain rien. Belle carrière, vraiment, que celle où, pour la plupart, d n’y a ni honneurs ni profits!

DURMONT.

En sorte que M. Richard considère fortpeiu.,.

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