SCÈNE PREMIÈRE
DURMONT, DURMONT.
MAD4ME DURMONT.
En vérité, mon ami, je ne vous conçois /pas ; il ii’y a plus moyen de tirer de vous deux paroles de suite.
DURMONT.
Madame, je ne vous ferai pas le meme reproche.
MADAME DURMONT.
Ah! grâces à votre épigramme, vous venez de sourire ! Depuis un mois que nous sommes à Paris, c’est la- première fois que cela arrive.
vous
LK PETIT AMBITIEUX
DURMOiVT J gravement.
Autre temps, autres soins.
MADAME DURMONT. .
Tenez, je crains bien que M'"® Germancé ne nous ait rendu un mauvais service.
DURMOWT.
Parlez-vous sérieusement? Depuis quinze ans, je végétais à Château-Chinon , oublié dans un emploi subalterne. M”'"' Germancé, qui, en bonne parente , prend à nous le plus vif intérêt, obtient par son crédit que je sois appelé à Paris , placé comme sous-chef dans un ministère, je lui dois cette promotion inespérée : et vous prétendez qu’elle nous a rendu un mauvais service!
MADAAIÉ DURMOJNT.
C’est que cette promotion qui devait nous rendre plus riches et plus heureux , a produit tout le contraire.
Il me semble quHl serait difficile de prouver qu’une promotion qui triple mon traitement et m’assure la considération attachée à un emploi supérieur, me rend moins heureux et moins riche.
SCÈME I.
MADAME DURMONT.
C’est |)oiirlaiit la vérité, et vous allez en convenir’. Nous habitions une petite maison char^mante située à mi-côte et dominant sur’ FYonne. Nous nous étions plu à rembeilir*. Les jardins délicieux qui l’entouraient étaient notre ouvrage. Sans inquiétudes , sans ambition , tous nos soins se bornaient à varier nos plaisii’s. C’est là que notre union s’est for’mée, c est là que notre Cécile est née. Chaque en- (b’oit de ce séjour de bonheur nous retraçait un doirx souvenir. Vous avez vendu cette habitation quand nous sommes venus à Paris. Le prâx qu’on vous en a donné nous rendra-t-il ce que' nous avons perdu?
DURMOBfT.
Si on se laissait arrêter par des considér ations de cette nature, on n’arriverait à rien. Il est des sacrifices nécessair’es. Je ne pouvais pins habiter cette pi’opriété; je n’en aur-ais tir-é aucun parti; j’ai dû la vendre pour en placer les capitaux d’une manière productive. Voilà du positif, et c’est à quoi je m’attache.
MADA3tE DURMONT.
Je vois avec douleur, mon ami, que vous soyez prêt à tout sacrifier pour avoir- de l’or.
G LE PETIT AMBITIEUX
DTJRMONT.
C’est que For est le signe représentatif de toutes les jouissances de la vie.
MADAME DURMONT,
Mais ne craignez-vous pas d’échanger toutes les jouissances de la vie contre leur signe représentatif?
DURMONT.
Madame....
MADAME DURMONT.
Permettez - moi de continuer, je vous prie. Nous avons donc quitté cette habitation où nous avions été si heureux pendant quinze ans, pour nous enfermer entre quatre murailles dans l’un des quartiers les plus bruyans de la capitale.
DURMONT.
Entre quatre murailles ! voilà de l’exagération. J’ai fait des sacrifices pour meubler cet appartement avec élégance. La salle à manger est fort bien et le salon très-beau.
MADAME DURMONT,
D’accord ; mais la domestique couche dans une soupente, Cécile dans un cabinet noir, et pour que l’un de nous puisse se retourner dans