SCENE T
sa chambre à coucher, il faut que l’autre soit déjà au lit.
DURMONT.
Qu’importe ? Les personnes que je reçois ne sont pas obligées de connaître ces détails. Il me suffit, dans ma nouvelle position, que la salle à manger et le salon soient de belle apparence.
3rADAME DURMOJVT.
C’est-à-dire qu’au lieu de nous loger pour nous, nous nous logeons pour les autres; qu’il faut tout sacrifier aux apparences.
DURMONT.
Tout, Madame, parce que c’est sur les apparences qu’on nous juge.
MADAME DURMONT.
Soit. Je supporterais toutes ces contrariétés, si vous étiez toujours le meme. Mais depuis notre séjour à Paris, il s’est opéré en vous un changement qui m’afflige profondément. Préoccupé, sombre, vous répondez à peine aux caresses de votre fille, vous ne m’entendez plus. Absorbée tout entière dans vos projets de fortune, votre pensée n’est jamais avec nous. Vous ne sortez de^ cet état que pour vous
LE PETIT AMBITIEUX
plaindre de la tiédeur de vos protecteurs , ou des dépenses de votre maison.
DÜRMONT.
C’est qu’aussi ces dépenses sont folles.
MADAME DÜRMONT.
Vous l’avez voulu. 11 nous en coûte plus en bougies et en rafraîchissemens dans une seule soirée, pour nous ennuyer avec des désœuvrés que nous connaissons à peine, que nous ne dépensions pendant un mois entier pour recevoir cordialement de bons amis dans notre petit domaine.
DÜRMONT.
On ne peut rien déduire de ces dépenses; elles entrent dans mon plan de conduite. Mais , par exemple, vous avez renouvelé votre garderobe tout entière , quand vous pouviez faire teindre quelques robes en noir. Les deuils de cour sont fréquens , et une robe noire est de toute saison.
MADAME DÜRMONT.
Soyez donc d’accord avec vous-méme. Nous ne sommes plus à Château-Chinon , où ma robe gorge-de-pigeon faisait merveille. Puis-je être autrement mise que les femmes que je reçois? le voudriez-vous?