DU REPAS
Et puis rien de piquant comme un souper dramatique; c’est un tableau vivant de la société : le premier rôle trinque avec l’ingénue, la duègne avec le petit amoureux, la grande coquette avec le financier , et la soubrette avec tout le monde.
DUVAL
Eh bien ! M. Durepas , nous souperons. Il ne reste plus qu’à choisir votre emploi.
DUREPAS.
Ma foi , je ne sais trop lequel prendre.
DUVAL
Je gage que si vous connaissiez notre amoureuse, vous voudriez jouer les amoureux.
DUREPAS.
Les amoureux ! moi ! je m’en tirerais fort mal. Mon cher M. Duval , je n’ai jamais été amoureux. Quand j’épousai M“® Durepas , je lui faisais ma cour, bien entendu ; ce que je lui chantais de plus passionné , c’est ce vieux couplet , qui , pour avoir couru les rues depuis un siècle , n’en est pas moins bon :
Depuis que j’ai vu vos appas ,
Je ne fais que quatre repas ,
Lan la derirette.
Je ne dors que jusqu’à midi,
Lan la deriri.
DUVAL
AJa! Monsieur, que vous avez les passions vives !
DUREPAS.
Voilà comme je suis. Je n’endormais pas M*"*’ Durepas avec des couplets à l’eau-rose , je la réveillais avec des chansons à boire.