SCENE X
, MADAME FUTILE
Il n’y manquait rien , car, arrivées à la porte du fermier, nous trouvons, attachés aux barreaux des fenêtres , deux ânes qui se mettent à braire de toutes leurs forces.
DORSAN
Ils vous annonçaient.
MADAME FUTILE
Je m’en serais passée bien volontiers. . . . Etourdie, effrayée, je me jette dans la maison, me croyant sauvée, et je tombe de Carybde en Scylla : le père Giraud mariait sa fille; je me trouve au milieu de la cohue d’une noce de village.
DORSAJy.
Vous n’étiez pas si mal tombées. A coup sûr il y a plus de véritable joie dans une noce de village que dans les cercles de la cour.
MADAME FUTILE
Fi donc ! la joie des gens de campagne me fait peur.
DORSAN
Moi, elle m’entraîne, parce qu’elle est franche et naturelle. Dites -en tout ce que vous
i52 madame futile.
voudrez, c’est de la joie, et la joie est toujours une bonne chose. Je suis certain que le père Giraud en prenait sa bonne part.
MADAME FUTILE
Dès qu’il m’aperçut, il vint à’ moi, et me dit , en tenant son chapeau à deux mains : « Ah! Madame, j’n’aurions jamais espéré.... si » j’osions prier Madame.... elle nous frait tant » d’honneur !.... c’est not’ chère enfant que.... » Tandis que le père Giraud arrangeait son compliment, je songeais aux moyens de m’esquiver; mais un regard suppliant d’Adèle arrêta ma réponse , qu’elle se chargea de faire , en assurant le fermier que nous serions flattées d’assister aux noces de sa fille.
DORS AN, àAdële. "
Bien, mon enfant.
MADAME FUTILE
Aussitôt les remercîmens éclatent de tous côtés. Le prétendu me salue gauchement en tirant le pied. La petite, les bras pendans, la tête baissée, me fait une courte révérence. Il me faut embrasser une demi-douzaine de marmots tout barbouillés, qui frottent familièrement leurs joues contre les miennes. L’un