SCÈNE IV
soie , et ce ({ti'elle a de frères, de tantes , de sœurs, de pères ^ de cousins , ne peut pas se compter. Ce n'est pas étonnant ; en général , les marchands peuplent beaucoup.
JOLICQEUR.
Je crois bien que les marchands peuplent beaucoup ; puisque moi j'ai mon père qui n'est que teinturier, et nous sommes sept enfans.
FRÉDÉRIC
Et quelles sont les places qu'on fous propose ?
BERTRAND
La première est un attelage gris-pommelé hors d'âge , et qui ne me convient pas ; la seconde , ce sont deux rosses ; mais dans la troisième , il y a deux beaux bais clairs prenant sept et huit ans , avec des jambes comme des fuseaux^
FRÉDÉRIC
Et les maîtres ?
BERTRAND
Led maîtres ! je ne sais pas qui c'est.
FRÉDÉRIC
Aurez-fous de pons cages au moins ?
Oh! oui, certainement^ si je prenais les rosses,, parce que dans cette maison-là le cocher est chargé des acquisitions de fourrages ; mais pour peu qu'on ait d'âme, c'est bien humiliant de conduire de vilains chevaux.
MARIANNE
Croyez-moi, monsieur Bertrand, il n'y a de honte
que pour ceux qui ne font pas leurs affaires. Mais est-ce que nous ne pourrions pas nous amuser à quelque chose?
TOUS, se levant de table.
Oui, faut nous amuser.
CÉCILE
Voulez-vous jouer des charades en action ? Je ne sais pas ce que c'est. ^
BERTRAND
Ni moi non plus.
FRÉDÉRIC
Oh ! c'est un choli cheu : on se déshabille les uns devant les autres.
MARIANNE
Fi ! quelle horreur !
JOLIGCaSUR.
Monsieur Frédéric commence par la fin. Je vas vous dire ce que c'est, moi. On prend un mot, le premier venu , comme qui dirait tambour ; on fait d'abord un temps d'exercice, ensuite on met la bourre dans le fusil , et pour tambour , on fait un roulement.
CÉCILE
C'est mal expliqué.
BERTRAND
Cest un jeu trop savant.
JOLICOËUR.
Trop savant ! on le joue dans toutes les garnisons»