SCÈNE XX
M. DORFËUIL, M. «t madame DORIMON.
Madame dorimon.
Monsieur , j'ai le plaisir de vous apprendre que ma fille se porte à merveille, grâce à l'habileté de
son père.
m. dorimon.
Et qu'elle veut même danger ce soir au bal.
M. DOBFBUIIi.
Monsieur , vous avez un beau talent.
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MADAME DORIMOIV.
Monsieur Dorimon a surtout un sang-froid unique ; car vous croyez bien, monsieur, que la science était bien inutile pour guérir ma fille. Les jeunes femmes aujourd'hui sont trop désœuvrées ; pour peu que leur mari les écoute , elle^ ne savent que s'imaginer.
M. DORIMON
Enfin, monsieur, vous allez voir madame de Valcé comme nous l'avons faite , et vous la trouverez fort aimable.
M. DORFEUIL
Si j'osais, je vous demanderais votre recette; je connais plusieurs dames qui en auraient grand besoin.
MADAME DORlMON.
J'avoue que monsieur de Valcé m'avait donné de l'inquiétude ; il est de si bonne foi , il avait l'air si désolé, que , saos mon mari , je ne sais trop ce que j'aurais pensé de l'état d'Henriette ; mais monsieur Dorimon , du premier coup d'œil , a vu que ce n'était qu'un enfentillage.
M. DORIMON
. Je n'ai cependant rien laissé apercevoir.
MADAME DORIMON
II a parlé à*sa fille assez fit>idement au sujet de madame Derzilly ; elle l'écoutait avec un peu d'impatience , il est vrai ; mais tout se serait passé fort bien sans monsieur de Valcé , qui est venu se jeter à la traverse, et qui semblait, indiquer lui-même à sa femme d'avoir ce qu'il appelle une révolution. Elle
800 Ui\£ KÉVOLUTIOIV.
n'a pas manqué de se rendre aux désirs de son mari , et elle a perdu connaissance.
M. D0RFEI3IL. ^
Réellement ?
MADAME DORIMON
Vous allez voir. De notre temps , nous n'étions pas si habiles. Elle s'est renversée sur ses oreillers ; puis^ fermant les yeux , ell^ a demandé où elle était. L'égarement de monsieur de Yalcé faisait vraiment fendre le cœur.
M. DORIMON
Allons y madame Dorimon , quoique je vous eusse prévenue , vous n'étiez pas vous-même très-rassurée.
MADAME DORIMON
A croire même que ce n'était qu'un jeu, c'est toujours fort triste. Enfin ^ son père, qui a une tête admirable, sans se déconcerter, prend gravement une de ses mains ^ et, feignant de consulter son pouls y il déclare qu'il n'y a que des saignées fréquenies qui puissent lui rendre la santé. Je l'observais avec le plus grand soin , et , à ce mot de saignées, je l'ai vue frissonner de tout son corps. Monsieur Dorimon ne s'en tient pas là; il veut que l'on fasse venir un chirurgien sur-le-champ, et, comme s'il ne la trouvait pas assez effrayée , il ajoute qu'il est essentiel que son mari la tienne pendant cinq ou six mois éloignée de toute société, parce- qu'il prétend qu'elle a besoin du calme le plus parfait.
M. nORFEUIL.
Le calme ne lui plaisait pas plus que la saignée, à ce que j'imagine?
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M. DORIMOIV.
Non.
MADAME DORIMON
Avec cela , elle a été bien gentille ; elle aurait pu mettre un peu plus de vraisemblance dans son retour à la raison y en prolongeant son évanouissement; mais elle en avait déjà assez, et elle ne nous a pas fait languir. Elle a étendu ses bras , et , nous regardant d'un air d'abattement qui lui sied à ravir ^ elle a témoigné le désir de nous embrasser^ ainsi que son mari, qui paraissait immobile comme une statue.
M. DORFEUIL
La ferez-vous saigner, malgré cela, pour ne pas en avoir le démenti?
MADAME DORIMON
Ah I Dieu! ce serait pitié, d'autant que monsieur de Yalcé nous ayant quittés un instant , elle nous a fait une manière de confession qui nous rend bien tranquilles pour l'avenir. N'est-il pas vrai , monsieur Dorimon?
M. DORIMOiy.
Fort tranquilles*
M. DORFEUIL
Votre recette est un- proverbe.