M. DORVAL, EDMOND
EDMOND
Mon ami, dis-moi donc ce que ta femme a contre moi. Je me tue à lui être agréable; rien ne me réussît. Encore cette fête d'hier....
M. DORVAL
Je voulais vous en parler.
EDMOND
Elle était jolie, n'est-ce pas? Et comme le secret a été gardé ! c'est ce qu'il y a de plus surprenant. Mais, avec de l'argent > on peut tout acheter, même la discrétion; aussi les mémoires s'en ressentirontils. J'ai été au moment de faire abattre la cloison qui sépare le salon de la grande salle à manger ; mais , ma foi, j'ai eu peur que cela ne fit trop de bruit, et que la surprise, à laquelle je tenais par-dessus tout, ne fut manquée. C'est dommage; il n'y aurait pas eu, à vingt lieues à la ronde, un aussi beau salon de danse; et, pouf jouer des Proverbes, c'eût été impayable.
M. DORVAL
Vous plaisantez sûrement, mon frère; et vous n'êtes pas si jeune que vous voulez le paraître.
EDMOND
Je suis bien jeune.
M. DORVAL
Ce que vous appelez une cloison est un gros mur dont la suppression pouvait faire écrouler la maison.
EDMOim.
Non , non.^ On arrange cela , et c'est plus solide.
M. DORVAL
Je vous prie, que cette fête soit la dernière.
EDMOND
Pourquoi cela? Est-ce qu'il y manquait quelque chose ?
M. DORVAL
Je vous parle sérieusement; cette dépense ne me convient pas.
^ EDMOND
La dépense ! Tu es un cruel homme avec ton économie! La vie est-elle donc éternelle, pour amasser sans cesse comme tu fais? Je n'ai jamais été aussi riche que toi, et je ne me suis jamais rien refiisé.
M. DORVAL
Il y paraît.
EDMOND
Que voulez-vous dire? Est-ce un reproche que vous voulez me faire? Croyez, mon frère, que si c'est un mérite de thésauriser, c'en est un aussi que de faire un noble usage de sa fortune.
M. DORVAL
Cependant, mon frère....
EDMOND
Je ne suis pas tellement sans ressource que vingt