SCÈNE IV
MADAME DE VERNANT, AUGUSTINE, madame »E LURCY.
MADAME DE VEBNANt.
Eh bien! ma chère dame, avez-vous des nouvelles?
madame de lorcy.
Aucune.
MADAME DE VERJîANt.
Depuis trois heures que monsieur de Vernant est sorti....
MADAME DE LURCY.
Il faut avoir de la patience. Un comité préparatoire n'est jamais expéditif. Avant de convenir du candidat qu'il présentera, il faut bien des enquêtes; sans compter des instructions qu on reçoit de Paris.
MADAME DE VERNANT.
Plus le moment approche, et moins j'ai d'espérance. Cependant je ne vois pas qui l'on pourrait choisir de plus convenable que monsieur de Vernant.
MADAME DE LURCY.
Je ne conqais que mon mari qui aurait pu le lui disputer; mais il ne s'est pas mis sur les rangs, et ' c'est au contraire lui qui porte monsieur de Vernant.
MADAME DE VERNANT.
Que d'obligations nous vous avons à tous les deux de nous recevoir comme vous le faites, et de vous
iSCENE IV. 503
donner toute la peine que vous vous donnez! Mais il y a tant d'intrigans^ tant de gens qui craignent de voir parvenir un homme de mérite! Je ne conçois pas cela , moi ; il me semble que tout le monde devrait concourir à la nomination de mon mari. Un homme qui a des opinions parfaites , de la fortune , un état de maison à Paris, enfin tout le matériel d'un bon député.
MADAME DE LURCY.
Cela doit vous tranquilliser.
MADAME DE VERNANT.
J'ai peur que ce mariage projeté entre Augustine et Henri Dulaurey ne nous ôte bien des voix. Vous avez eu soin de dire que nous n'y étions pour rien , que c'était un choix de mon frère j et que , s'il s'accomplissait , il n'y aurait pas de notre faute.
Je ne conçois pas qu' Augustine , qui est raisonnable , ne vous donne pas satisfaction à cet égard.
AUGUSTINE
Je dois respecter le dernier vœu de mon père.
MADAME DE VERNANT.
Voilà ce qu'elle me répond. Elle sait bien que cevœu n'est pas un ordre, et que , si son père eût connu la direction que devaient prendre les Dulaurey, il aurait perdu le désir de s'allier à lïne famille ^ussi équivoque.
AUGUSTINE
Équivoque !
MADAME DE VERNANT.
Quant aux opinions.
AUGUSTINE
Comment, ma tante, voulez-vous qu'à mon âge je puisse être juge de cela?
MADAME DE VERNANT.
Mais à votre âge vous devez savoir au moins qu'une élection est d'une bien autre importance qu'un mariage.
AUGUSTINE
Pas pour moi.
MADAME DE VERNANT.
Ainsi il vous est indifférent de nuire à l'élection de votre oncle ?
AUGUSTINE
Je ne dis pas cela.
MADAME DE VERNANT.
C'est pourtant ce que vous faites.
MADAME DE LURCY.
Jeune, jolie et riche, ne craignez rien, ma chère Augustine , vous n'aurez pas de peine à vous marier.
MADAME DE VERNANT.
Se marier , ce n'est pas difficile : on se marie tous les jours; mais comment se marie-t-on? A son âge, on ne m'aurait jamais fait épouser un homme qui n'aurait pas eu de bonnes opinions. Et qu'il s'en fallait que ce qu'on nommait bonnes opinions de mon temps eût le degré d'importance de celles d'aujourd'hui! Les honnêtes gens étaient gluckistes; c'était assez pour savoir ce qu'on avait à faire.
AUGUSTINE
Nous n'avons plus de querelles de musique.