SCÈNE IV. 90H
MADAME DE VERNANT-
Nous avons des partis politiques y c'est bien autrement sérieux; et quand je verrai une jeune personne bien née , bien entourée , qui n'entend que de bonnes conversations y consentir à épouser un homme qui n'a donné aucun gage de son dévouement...
Et qu'on doit croire influencé par des parens...
^ AUGUSTIHE.
Par des parens qui ont la meilleure maison de la ville , chez qui tout le monde va , qui n'ont que le tort de ne pas avoir d'ambition , et de ne se mêler que de leurs affaires; car je défierais leurs ennemis les plus prononcés de rien ajouter à cela.
MADAME DE VERNANT.
Nous n'aurons jamais raison contre elle.
MADAME DE LURCY.
Elle est bien (embarrassée. Ce mariage est arrêté , toute la ville en estj^révenue; il serait difficile de le • rompre,
MADAME DE VERNANT.
Qu'elle dise»un mot, et je m'en charge. Tu m'entends bien, ma bonne amie. Réfléchis.
MADAME DE LURCY.
Oui, mon enfant, réfléchissez; et si vos réflexions sont justes, vous n'épouserez pas monsieur Dulaurey.
MADAME DE VERNANT.
Tu as du temps devant toi.
MADAME DE LURCY.
Rien ne vous presse.
MADAME DE VERlf ANT.
Songe que tu t'engages pour la vie. Enfin il ne faut pas l'influencer; elle a de Fesprit, elle est raisonnable...
MADAME DE LURCY.
Elle ne manquerait pas de mari pour cela ; vous le savez, madame.
MADAME DE VERNANT.
Ah! si elle voulait , elle serait la femme d'un homme généralement estimé.
• MADAME DE LURCY.
D'un homme si bien pensant!
MADAME DE VERNANT.
Va , mon Augustine , sois persuadée qu'il n'y a que les bonnes opinions qui restent, qu'il n'y a que cela de solide.
MADAME DE LURCY.
Et que les Dulaurey , malgré leiur fortune, ne vous feront jamais autant d'honneur que la personne que nous aurions en vue pour vous.
MADAME DE VERNANT.
Et qu'il n'y aurait qu'une voix pour t'approuver, si tu épousais monsieur Bignardin.
AUGUSTINE
Monsieur Bignardin ! O ciel !
MADAME DE VERNANT.
D'où vient cette exclamation ?
. SŒlfE V. M7
Vous n'y pensez pas, iila tante: monsieur Bignardin a cinquante ans.
MADAME DE VERNAJ^T.
Oui, mademoiselle; niais c'est cinquante ans de vertu et de fidélité.