SCÈNE v
LES PBéCEDENS, MADAME DE SENNEYILLE.
MADAME D*EBLY.
Justement c'est elle. Allons donc, paresseuse !
MADAME DE SEWNEVILLE.
Paresseuse! ne dites pas cela. Il faut tout mon courage pour être sortie aujourd'hui.
MADAME D'EBLY.
Que vous est-il donc arrivé ?
MADAME DE SENNEVILLE
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit; j'ai souffert le martyre; toujours mes nerfs. J'ai envoyé chercher mon médecin, je l'ai attendu toute la matinée ^ il n'est pas venu.
FORLIS.
Je croyais vous trouver au bois. Mais comment êtes-vous a cette heure ?
MADAME DE SENNEVILLE
Mourante.
FORLIS, légèrement. ^
Il faut y prendre garde.
MADAME D'EBLY.
L'éther vous abîme.
MADAME DE SENNEVILLE
C'est ma vie.
DORLAI9GE8.
Est-ce que vous ne viendrez pas à quatre heures, au déjeûner d'huîtres de Saint-Elme?
MADAME DE SENNEVILLE
Quelles sont les femmes qui se trouveront là?
DORLANGES.
La sienne d'abord , puis madame de Coulanges , et madame Dormilly. Je crois que voilà tout.
TORLIS.
Vous ne nous annoncez pas de jolies femmes.
MADAME DE SENNEVILLE
J'irai. Cela me distraira.
MADAME D'EBLY.
Allons ; les Proveribes , les Proverbes.
liADAMB DE SENNEVU^LE.
Est-ce que nous allons répéter? Vous ne craignez pas que cela ne me £sitigue?
MADAME D*EBLY.
Nous parlerons tout bas.
MADAME DE SENNEVILLE
A la bonne heure. A propos^ monsieur Blinval^ j'ai fait une réflexion sur mon rôle.
^ BLINVAL
Voyons , madame.
tOSNS V. 379
MADAME DE SENNEVILLE
Je ne veux pas m'appeler Fanchette.
BLINVAL
Et pourquoi ?
MADAME DE SETÏNEYILLE.
Parce que j'ai eu chez moi une femme de chambre de ce nom-là.
BLINVAL
Qu'est-ce que cela fait?
MADAME DE SENNEYILLE.
Vous voulez que je prenne un nom de femme de chambre?
BLINVAt.
Eh bien ^ prenez-en un autre.
MADAME DE SENIiETHiLE.
J'aime mieux celui d'Aglaé.
BLIIiVAL.
Aglaé ! Jamais paysanne ne s'est nommée Aglaé.
MADAME DE SENNEVILLE
Pardonnez-moi, car c'est le nom de la fille du jardinier de ma maison d'Auteuil. Il est vrai que je suis sa marraine.
Alors , moi , je ne veux plus de celui de'Colin , et je m'appelle Adolphe. (ABimvaiqarrit.) Pourquoi riezvous?
BUNVAL.
Je ris de l'importance que vous mettez à des mi^ sères.
FORUS.
C'est vous qui en mettez. Pourquoi ne voulez-vous pas que nous choisissions nos noms ?
BLINVAL
De pourquoi en pourquoi, nous ferons si bien qu'une petite bluette, qui pouvait faire un tableau piquant, ne sera plus qu'un canevas sans coloris et tout-à-fait insipide.
FORLIS.
Pour des noms changés ?
BLINVAL
Oui, pour des noms changés. Il y a dans un Proverbe un accord de mille petits riens qui concourent cependant à l'effet de l'ensemble.
FORLIS. !
Je ne comprendrai jamais cela.
DORLANGES.
Moi , je le conçois , parce que je m'étais accoutumé à vous appeler l'un Colin, l'autre Fanchette, et que vos changemens de noms vont m'embrouiller.
MADAME D'EBLY, en rianU \
Voilà une définition.
BLINVAL
N'importe. Commençons. ( bss k madame d'£i4y. ) Ah ! que c'est bien la dernière fois que je joue des Proverbes hors de chez moi !
MADAME D*£BLY, Las k Blinval.
Je commence à trouver que vous avez raison ; mais nous voilà embarqués, il faut aller jusqu'au bout.