‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 193 sur 249 · SCÈNE v · texte numérisé non relu

SCÈNE v

LES PBéCEDENS, MADAME DE SENNEYILLE.

MADAME D*EBLY.

Justement c'est elle. Allons donc, paresseuse !

MADAME DE SEWNEVILLE.

Paresseuse! ne dites pas cela. Il faut tout mon courage pour être sortie aujourd'hui.

MADAME D'EBLY.

Que vous est-il donc arrivé ?

MADAME DE SENNEVILLE

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit; j'ai souffert le martyre; toujours mes nerfs. J'ai envoyé chercher mon médecin, je l'ai attendu toute la matinée ^ il n'est pas venu.

FORLIS.

Je croyais vous trouver au bois. Mais comment êtes-vous a cette heure ?

MADAME DE SENNEVILLE

Mourante.

FORLIS, légèrement. ^

Il faut y prendre garde.

MADAME D'EBLY.

L'éther vous abîme.

MADAME DE SENNEVILLE

C'est ma vie.

DORLAI9GE8.

Est-ce que vous ne viendrez pas à quatre heures, au déjeûner d'huîtres de Saint-Elme?

MADAME DE SENNEVILLE

Quelles sont les femmes qui se trouveront là?

DORLANGES.

La sienne d'abord , puis madame de Coulanges , et madame Dormilly. Je crois que voilà tout.

TORLIS.

Vous ne nous annoncez pas de jolies femmes.

MADAME DE SENNEVILLE

J'irai. Cela me distraira.

MADAME D'EBLY.

Allons ; les Proveribes , les Proverbes.

liADAMB DE SENNEVU^LE.

Est-ce que nous allons répéter? Vous ne craignez pas que cela ne me £sitigue?

MADAME D*EBLY.

Nous parlerons tout bas.

MADAME DE SENNEVILLE

A la bonne heure. A propos^ monsieur Blinval^ j'ai fait une réflexion sur mon rôle.

^ BLINVAL

Voyons , madame.

tOSNS V. 379

MADAME DE SENNEVILLE

Je ne veux pas m'appeler Fanchette.

BLINVAL

Et pourquoi ?

MADAME DE SETÏNEYILLE.

Parce que j'ai eu chez moi une femme de chambre de ce nom-là.

BLINVAL

Qu'est-ce que cela fait?

MADAME DE SENNEYILLE.

Vous voulez que je prenne un nom de femme de chambre?

BLINVAt.

Eh bien ^ prenez-en un autre.

MADAME DE SENIiETHiLE.

J'aime mieux celui d'Aglaé.

BLIIiVAL.

Aglaé ! Jamais paysanne ne s'est nommée Aglaé.

MADAME DE SENNEVILLE

Pardonnez-moi, car c'est le nom de la fille du jardinier de ma maison d'Auteuil. Il est vrai que je suis sa marraine.

Alors , moi , je ne veux plus de celui de'Colin , et je m'appelle Adolphe. (ABimvaiqarrit.) Pourquoi riezvous?

BUNVAL.

Je ris de l'importance que vous mettez à des mi^ sères.

FORUS.

C'est vous qui en mettez. Pourquoi ne voulez-vous pas que nous choisissions nos noms ?

BLINVAL

De pourquoi en pourquoi, nous ferons si bien qu'une petite bluette, qui pouvait faire un tableau piquant, ne sera plus qu'un canevas sans coloris et tout-à-fait insipide.

FORLIS.

Pour des noms changés ?

BLINVAL

Oui, pour des noms changés. Il y a dans un Proverbe un accord de mille petits riens qui concourent cependant à l'effet de l'ensemble.

FORLIS. !

Je ne comprendrai jamais cela.

DORLANGES.

Moi , je le conçois , parce que je m'étais accoutumé à vous appeler l'un Colin, l'autre Fanchette, et que vos changemens de noms vont m'embrouiller.

MADAME D'EBLY, en rianU \

Voilà une définition.

BLINVAL

N'importe. Commençons. ( bss k madame d'£i4y. ) Ah ! que c'est bien la dernière fois que je joue des Proverbes hors de chez moi !

MADAME D*£BLY, Las k Blinval.

Je commence à trouver que vous avez raison ; mais nous voilà embarqués, il faut aller jusqu'au bout.

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