SCENE XIII
LES PRÉCEDEIf S , FLORICOUR , sons le nom et le costume du père
de Saint-EIme.
FLORICOUR , en dehors.
Je sais que mon fils est ici. Je veux le ravoir, ou je mets la maison sens dessus dessous. (Entrant.) Où est Saint-Elme? où est mon fils ?( a Fiorbei. ) Madame , répondez-moi.
FLORBEL, effraye.
Je vous assure, monsieur...
FLORICOUR.
Je me moque de cela. Je veux mon fils.
FLORBEL.
Monsieur, votre fils...
FLORICOUR.
Comment se fait-il, madame, qu'à votre âge, avec un air aussi respectable , voua ayez pu vous prêter à m'enlever mon fils? On aura abusé de son inexpé-^ rience; il est si naïf, si niais!
FLORBEL , k part.
Comment m'échapper?
463 LE DÉSaEUVR£MEHT 1KE8 COMEDIENS.
FLORICOim.
Je lui prépare une leçon dont il se souviendra , sur mon honneur. Parlez^ mesdemoiselles, quelle est celle de vous . quHl prétendait épouser ? car je sais qu'il n'allait à rien moins que cela.
ADÈLE
Je voudrais bien savoir, monsieur, de quel droit vous vous permettez de venir nous faire une scène aussi déplacée? Tout naïf et tout niais que vous supposez votre fils , apprenez qu'il n'eût jamais été admis près de nous, s'il se fût comporté comme vous faites en ce moment.
iFLORICOim,
 votre tour, apprenez-moi, mademoiselle, comment un père doit se comporter quand il découvre que son fils est au moment d'épouser...
ADÈLE
Une comédienne... Achevez donc. Il semble qu'on ait tout dit quand on a dit une comédienne. Et qui n'est pas comédien? Le monde est -il autre chose qu'un théâtre dû l'on est tour à tour prôné sans mesure et sifflé sans pitié ? C'est donc parce que nous jouons à découvert , et que nous ne cherchons à en imposer à personne, que l'on nous traite si fièrement! Nous sommes peut-être les seules gens de bonne foi qui existent aujourd'hui. Croyez-vous qu'avec le talent que nous avons, mes camarades et moi, si nous avions cherché des succès dans le monde, nous n'eus* sions pas aussi bien réussi qu'une foule de gens sans mérite que l'on voit s'élever tous les jours? Mais
SCaENE Xni. . , 469
cette fausseté et cette impudence nous ont répugné, et nous $oa)mes montés sur le théâtre.
Et, par suite de votre loyauté, vous m'enlev,ez pion fils?
ROSALIE
Etes-vous donc si sûr que ce soit monsieur votre fils que nous ayons reçu?
FLORICOUR.
Il s'appelle Saint-Elme.
ROSjlUS.
Ne serait-il pas possible qu'il se trouvât dans cette ville un autre jeune homme de ce nom? Votre fils, dites-vous , est luais ?
FLORICOUR.
C'est lin imbécile.
ROSALIE , regardant Ad^'e et Jenny.
Certes, ce n'est pas celui que ' ilOtis .avons vu; je m'en rapporte à ces dames.
ADÈLE
Il est plein de grâces. . ,
JENNY
De sentiment et de délicatesse,
FLORICOUR.
Vous ne l'avez vu qu'un ipstAnt^ , ,
ADÈLE
Il y a des gens qu'on peut apprécier tout de suite.
FLORIGOUE.
U aura joué la comédie.
470 LE DJSSGEUVREIKENT BES GOBIEDIENS.
JENNY
Si c'est ainsi qu'il la joue y je lui conseille de la jouer toujours.
FLORICOUR.
Comme femmes , vous pouvez le trouver fort aimable; mais moi, comme père, je veux le punir d'avoir pensé à se marier sans mon consentement. Il n'a de fortune que par moi ; je le déshérite ; je me remarie, et je donne tout mon bien à la femme que j'épouse.
ADELE et JENirr.
O ciel !
FLORBEL» & part.
Voilà. mes cinquante louis bien aventurés.
PLORICOTJR.
Nous verrons ce qu'il fera des belles qualités qui vous ont éblouies, quand il n'aura plus le sou.
ADÈLE ^ à Jenny et \ Rosalie.
Il n'a de fortune que celle de son père.
ROSALIE
Le fourbe !
FLORICOUR.
A laquelle de vous avait-il donné la préférence ?
Que vous importe à présent ?
FLORICOUR.
Il m'importe beaucoup; car, pour compléter ma vengeance, je veux l'épouser, si elle y consent, et donner encore ce chagrin à ce fils rebelle.
JENNY
C'était moi qu'il voulait tromper.
gG£N£ Xm.
ADÈLE
Et qu'il trompait doublement , car il avait pris des engagemens avec moi.
JENNY
Adèle, pourquoi chercher à irriter davantage son père contre lui ? Vous savez bien qu'il m'avait choisie pour sa victime.
ADÈLE
Rosalie peut vous assurer qu'il avait changé de sentimens.
HOSALIE,
C'est un homme. Que voulez-vous que je vous dis? ? On ne peut jamais compter sur aucun.
FLORICOUR.
A merveille ! Mon fils volage ! c'est un mérite qie je ne lui connaissais pas.
ROSALIE
De tout ce que nous voyons , on peut conclure qie monsieur votre fils n'est qu'un monstre.
ADÈLE
Un véritable monstre.
JENKY.
Dont je veux me venger.
ADÈLE
^t moi aussi.
JENNY
Monsieur, voici ma main.
ADÈLS.
Monsieur, voici la mienne.
4n LE DESQEUVRE3IEIVT BE8 COMEDIENS.
ROSÂUE , k Florbel.
Madame , si nous nous mettions sur les rangs?
FLORBEL.
Je ne sais pas, mais j'ai l'intime conviction qu'il y a ijuelque chose là-dessous.
FLORICOUR.
Ah! madame, ne traversez pas mon projet. Je suis ui galant homme, et la preuve c'est que je veux acqiitter la promesse de mon fils.
( Il lui donne une bourse. ) FLORBEL , ouvrant la bourse.
Ce sont des jetons de cuivre.
FLORICOUR.
Voilà la première fois qu'on leur fait ce reproche. Jisqu'ici ils avaient toujours été reçus avec la plus giande reconnaissance par tous les Frontin , les Crispn , les Marton , les Lisette , et par tous les valets el soubrettes auxquels ils avaient été offerts.
FLORBPL.
C'est donc une bourse de comédie?
FLORICOUR.
Je n'en porte jamais d'aulre.
(Un moment de silence. ) ADÈLE , k part.
Feignons de ne pas avoir été dupes. ( Haut ) Pourquoi fiiir si vite ? L'erreur de cette pauvre Jenny m'amusât. ' '
JENNY, ^;part.
Il est clair que c'est Floriçour* (?aut ii i^hhi. ) Moi qui