SCENE II. i
cause. Cette femme-là est trop sensible pour ^ivre avec personne.
FLORIMON.
A merveille. C'est-à-dire qu'elle n'est aimable que quand elle veut faire des dupes.
VICTOR
Que tu es méchant ! On voit bien que tu ne la connais pas. Moi-même j'ai peine à t'en donner une idée Enfin ce n'est pas une personne ordinaire.
Au contraire. Il n'y rien de si commun que ces gens qui sont tout de représentation, auxquels il faut un théâtre pour se faire valoir, et qui, dans l'habitude de la vie, sont lés créatures les plus dures et les plus égoïstes.
VICTOR
Peut-on parler ainsi de madame Sorbet?
FLORIMON.
Je veux bien qu'elle soit savante, sentimentale, bel esprit , en un mot qu'elle soit parfaite ; mais , avec toutes ses belles qualités , elle se moque de toi et ne t'épouse pas. Elle voit bien à qui elle a affaire , sois-en sûr.
VICTOR,
Je voudrais que tu fusses à ma place ; tout bon comédien que tu es, je parie que tu y échouerais.
FLORIMON.
D'abord je n'aurais pas attendu aussi long-temps que toi ; et, puisque tu avoues toi-même qu'elle ne
186 MADAlIIE fiORBET.
se ptssioqne que pour les gens qu'elle ne connaît pas y je n'autais pas laissé passer le tômpa de tha nouveauté sans en venir à mes fins.
VICTOR
Monsieur Çorbet vivait encore lorsque je suis entré ici. Vraiment, c'est bien mon malheur. Sans cela, il y a long-temps qu'elle serait ma femme;
FLORIMON.
Tu verras qu*il faudra que je m'en mêle.
Toi ! que peux-tu faire à mon mariage ?
w fXORIMON.
Le terminer.
VICTOR
De quelle manière? *
FLORIMON.
C'est mon secret. Réponds-moi. Madame Sorbet, comme toutes les limonadières , doit se laisser courtiser volontiers par les hâmmes -qui viennent dans son café ?
VICTOR
Très- volonti^s ,, et c'est ce dont j'enrage bien souvent.
FLORIMON.
Que crois-tu qu'elle penserait de ma tournure?
Tu ne me réponds pas Aurais-tu de la défiance?
Ah ! sois tranquille , je" ne veux travailler que pour toi. Reganle un peu : penses-tu. que je sois fait de façon à effrayer le beau sexe ?