SCÈNE VI
MADAME SORBET
Dans la belle saison, assez ordinairement je me donne congé le samedi soir; et lorsque je suis dans mon jardin, seule, oh! bien seule, que je me promène au clair de la lune, et que je passe près de ce tombeau, je me dis : « Mon mari est là », eh bien,
ça me fait plaisir! (EUe s'essuie les yeux.)
FLORIMON se de'toume pour rire^
(A part. ) Voilà une femme sensible comme j'en connais beaucoup.
MADAME SORBET
Vous êtes ému, monsieur?
FLORIMON.
Je ne vous le cache pas. Véritablement , madame , on ne sait ce que Ton doit le plus admirer en vous , de votre âme , de votre esprit, ou de votrecaractère.
MADAME SORBET
Vous me flattez , monsieur , je ne suis que naturelie.
FLORIMON.
Eh ! madame , le naturel n'est-il pas le premier mérite des hommes comme des femmes? Rien n'est beau , rien n'est bon que le naturel ; c'est le naturel que nous adtoirons avant tout. Quand je dis nous, c'est-à-dire les. personnes de bon sens et d'un véritable goût. L'affectation peut surprendre quelques suffrages , le naturel seul les rend durables..
MADAME SORBET
Mais, monsieur, n'ai-jé pas poussé ce naturel un peu loin en vous entretenant aussi long-temps de ,
14B MADAME SORBET
moi ? J'en suis presque honteuse. Ma franchise m'entraîne quelquefois
FLORIMON.
Ne me traitez pas, de grâce, comme un inconnu. N'existe-t-il pas des sympathies qui font que deux personnes qui ne se sont jamais vues ne sont pourtant pas étrangères Vune à l'autre ?
MADAME SORBET
C'est ime réflexion que je n'ai faite que de ce matin.
FLORIMON,
Quelle tournure piquante vous donnez à un aveu charmant !
MADAME SORBET
Est-ce que j'ai fait un aveu ?
FLORIMON.
Tant de candeur et tant d'esprit !
MADAME SORBET
Êtes-vous pour long-temps à Paris ?
C'est comme on voudra.
MADAME SORBET
Vous y venez pour affaires ?
FLORIMON.
J'y viens pour me marier.
MADAME SORBET
Mais c'est une grande affaire , et la plus douteuse que l'on puisse entreprendre. Vous allez dire que je suis bien curieuse : comment se fait-il que vous veniez