‹ Proverbes dramatiques (volume 3)Chapitre 92 sur 249 · MADAME DORIMON, M. DE VALCÉ · texte numérisé non relu

MADAME DORIMON, M. DE VALCÉ

MADAME DORIMON

Venez, le phénix dés maris. Qu'avez-vous donc? vous paraissez soucieux.

M. DE VALCÉ.

Je suis tracassé, je ne vous le. cache pas. C'est une misère; mais je connais Henriette, et, dans l'état où elle est, je ne voudrais pas lui faire de peine; cependant il me paraît impossible de pouvoir la contenter.

MADAME DORIMON

Qu'est-ce qu'elle vou^ demande ?

M. DE VALCÉ.

Elle ne n\e demande jamais rien positivement; mais j'ai tellement l'habitude de lire ,d^ns sa pensée, qu'il m'est facile de voir que madame Derzilly lui déplaît.

MADAME DORIMON

Quoi ! cette dame qui était avec moi il n'y a qu'un instant ? Elle est charmante !

M. DE- VALCÉ.

Certainement; mais on a eu Timprudence ^e la vanter avec si peu ffégards devant ma femme , qu'elle en a été comme humiliée. Vous connaissez les jeunes femmes; il y a toujours un peu de rivalité entre elles. Madame Derzilly est musicienne , elle chante ; sa con-

versation est agréable : souvent Henriette est souffrante, et, sous prétexte de ne pas Touloir l'incommoder, on se range à l'autre extrémité du salon autour de madame Derzilly, qui fait de la musique ou tient le dé de la conversation. Ce n'est la faute de personne , mais ce n'est pas agréable. J'ai eu beau dire à Henriette qu'elle avait beaucoup de qualités que madame Derzilly n'avait pas, le coup est porté, et cela m'embarrasse.

MADAME DORIMON

Que pouvez-voùs faire à cela ?

M. DE VALCÉ.

Nous devions avoir aujourd'hui un bal de paysans^ c'était madame Derzilly qui nous l'avait demandé; je n'y voyais pas d'inconvénient : Henriette s'est imaginée que .je ne pouvais rien refuser à madame Derzilly, et elle a contremandé ce bal, sous je ne sais. quel prétexte.

MADAME DORIMOIS.

Est-ce qu'elle est jalouse?

Pas le moins du monde.

MADAME DORIMON

Alors quelle est donc son idée?

M. DE VALCÉ.

EJile ne se l'explique pas elle-même. Elle s'est formé le soupçon que cette dame empiétait sur ses droits, d'autant qu'on est venu lui dire tjue œ bal aurait lieu , et que sa défense avait été levée. Je ne sais pas si vous comprenez cela comme moi....

S€ENE XIV. 189

MADAME DORIMON

Je ne comprends pas un mot, si ce n'est que ma fille est trop heureuse, et qu'elle ne sait comment se tourmenter.

M. DE VALCÉ.

Il y a bien des choses à dire. Il faut plaindre les personnes susceptibles. La plupsy^t de nos chagrins , pour être sans fondement, n'en sont pas moins des chagrins. Elle est si douce ! Ne croyez pas au moins qu'elle m'ait dit tout cela comme je vous le dis ; c'est moi qui l'ai deviné.

MADAME DORIMON

Vous êtes biefn heureux d'avoir autant de sagacité. Je ne sais pas si elle était aussi susceptible avec nous ; mais je ne m'en suis jamais aperçue. En définitive, que croyez-vous qu'il faudrait faire pour la contenter?

M. DE VALCÉ.

Si madame Derzilly nous quittait, je suis persuadé qu'Henriette reprendrait toute sa bonne humeur.

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