SCENE XVI
messieurs une guerre de plume. Une guerre de plume ! L'étrange alliance de mots !
M. PARTOUT, avec exaltation.
Croyez, monsieur, que si les vrais principes de l'honneur venaient à se trouver en péril , il y aurait encore des hommes qui les défendraient et de leur plume et de leur épée; mais autant il serait bien de prendre cette défense, si ellcétait nécessaire, autant il serait inconvenant de révéler des craintes qui ne sont pas fondées.
M. DE ROCHERON.
Vous ne sauriez croire, monsieur, combien ce langage me fait plaisir.
M. PARTOUT
Aujourd'hui nos aïeux passent pour des barbares, et cependant tout ce qui reste de sentimens nobles en Europe leur appartient ; ils ne confiaient leur réputation qu'à leur épée, ne connaissaient de justice que par l'épée. Ce serait une étrange civilisation que celle qui mettrait l'honnête homme à la merci du premier insolent.
M, DE ROCHERON.
C'est vrai.
M. PARTOUT
Qui ne lui laisserait de ressource que dans la chicane.
198 TOUS LES COMEDIENS, etc.
M. DE KOCHERON.
Très-bien. *
M. PARTOUT
Une affaire d'honneur qui commencerait par des paperasses , qui mettrait des huissiers et des avoués en campagne.
M. DE ROCHERON.
Les beaux exploits !
M. PARTOUT
J'avoue que, dans ce cas, nos aïeux, au milieu de leurs forêts, me paraîtraient plus civilisés que nous.
M. DE ROCHERON.
Ah! monsieur, nos aïeux!
M. PARTOUT
Nos aïeux avaient des idées simples , droites , justes. S'ils ne connaissaient pas le raffinement de nos lois modernes , ils s'étaient donné celles qui leur étaient nécessaires. Elles suffisaient à leurs besoins. Leur législation sur le duel est encore un chef-d'œuvre. Elle laissait les paroles pour des paroles, verba volant, et ne s'en tenait qu'aux faits. La gloire d'un preux était toute dans ses actions; elle devait être brillante comme son armure.
(Il essuie la poignëe de son épe'e.) M. DE ROCHEROH.
En vous entendant parler, on se sent presque