MADAME DERVILLE, HIPPOLYTE
MADAME DERVILLE
Non, je ne te laisserai pas; je suis ta grand'mère; j'ai le droit de te donner des conseils, et je t'en donnerai. . . j
HIPPOLYTE. '
Je les recevrai toujours avec beaucoup de respect.
MADAME DERVILLE
Tu les recevras comme tu voudras, mais tu les recevras. Les conseils d'une femme de mon âge ont d'ailleurs cela de bon, que l'on peut les traiter de radotage au besoin. Je ne vois donc pas pourquoi j'hésiterais à te dire tout ce que je pense de ta conduite depuis que tu es à Paris.
HIPPOLYTE
Il n'y a rien à redire à ma conduite.
MADAME DERVILLE
, ïu me comprends bien. Il y a deux ans que
aga LE DUEL. 3 r
ton père fftt victime d'une disgrâce fort injuste assurément, mais qu'il pouvait faire adoucir; au lieu de cela, il se cabre, il fait le jeune homme, et ne veut plus entendre à rien. Il quitte Paris, t'emmène avec lui, et vous voilà confinés, comme deux ours , au fond de la Bretagne. A mon âge, une séparation paraît éternelle. J'écris lettre sur lettre, dans l'espoir de faire changer cette résolution ; ton père est inflexible. Je me borne enfin à lui demander qu'il te permette au moins de venir passer quelque temps à Paris auprès de moi; il y consent; et, quand je devrais me féliciter de ce bonheur, tu t'arranges si bien qu'en vérité je ne sais plus qu'en penser.
HIPPOLTTE , en riant.
Voilà un reproche qui me serait bien sensible, si je ne savais pas qu'aujourd'hui la mode à Paris est de ne parler que par énigmes.
MADAME DERVILLF.
Je ne suis plus les modes depuis long-temps, et tu peux croire que je te parle très-franchement. Je vois avec peine qu'un homme de ton âge se soit mis dans la tête de ne pouvoir supporter personne. Je ne sais quelle perfection idéale vous avez rêvée dans votre Bretagne; mais quand toi et ton père vous n'auriez jamais connu le monde , vous ne me paraîtriez pas plus sau-