‹ Proverbes dramatiques (volume 4)Chapitre 183 sur 240 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

de quel jargon ils se servent ; mais il est certain que, pour avoir cherché à le deviner, je me suis senti comme imbécile. Je doutais de moi-même ; et , si je ne me fusse répété cent fois que je ne voulais rien, que je ne demandais rien, qu'aucune place, aucun argent ne me tentaient, je n'aurais pas été sans quelque inquiétude. Il est clair que je suis un réprouvé.

Rassure-toi à cet égard; je suis bon juge, et je puis t'assurer qu'à tes bouillonnemens près , tu es un excellent jeune homme.

HIPPOLTTE.

Je vais plus loin que vous , car je trouve que mes bouillonnemens en sont la preuve.

MADAME DERVILLE

A la bonne heure ! Mais à présent que ta réputation est faite, que tu ne peux plus y ajouter ; à présent que te voilà renommé comme le plus grand ennemi de toutes les faussetés en circulation , fais quelque chose pour moi. Je suis vieille , bien vieille ! puisqu'après avoir fait si long-temps un secret de mon âge , je mets à présent de la coquetterie à l'avouer : n'effarouche pas , je t'en conjure , par des éclats déplacés, le peu de personnes qui veulent bien ne pas m'abandonner tout-à-fait. J'avais compté

sur toi pour m'acqujtter des visites que je ne puis plus rendre; je t'envoyais partout comme mon représentant; j'ai bien réussi : mon représentant n'est qu'un Don-Quichotte î

HIPPOIJFTF..

Ma chère maman , que n'employez-vous à cet office mon cousin Félix qui demeure avec vous, et que vous dites si charmant ?

MADAME DERVILLE

Ton cousin Félix n'est que mon petit-neveu, et l'honneur qu'il peut me faire ne m'est pas aussi direct que celui qui me viendrait par toi. Certainement , Félix est aimable ; toutes les vieilles de ma connaissance en sont dans l'admiration. Il est doux, il est complaisant, rien ne lui coûte pour se faire bien venir de tout le monde. Avec moi surtout c'est un miracle de soins et d'attentions ; jamais la plus légère humeur, la moindre contrariété. Je crois bien qu'il pense quelquefois que je suis plus âgée que lui, et qu'il y aurait de l'injustice de ma part à l'éloigner toùt-à-fait de ma succession ; c'est tout naturel. Dans ce monde-ci , rien pour rien. Mais je voudrais qu'il pût deviner que je ne l'oublierais pas davantage quand il serait un peu moins flexible.

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