SCÈNE II
comme , en même temps , il a l'esprit très - vif, après nous avoir demandé des renseignemens sur le caractère de madame Severin, que nous n'avons pas flattée , je vous en demande pardon , il s'est engagé à lui faire révoquer son arrêt aujourd'hui même.
HÉLÈNE
Par quel moyen?
MAURICE
Les grands hommes ne s'expliquent pas aussi facilement.
HÉLÈNE
Vous lui aurez peut-être dépeint ma tante beaucoup plus crédule qu'elle n'est.
MA.RINE.
Pour cela , moi aidant , je ne connais rien qu'on ne puisse lui faire accroire.
MAURICE
Elle ne voit personne ; elle ne vit que dans un monde idéal. Sans cesse occupée de l'avenir, elle le consulte de toutes les façons , sous toutes les formes , jusqu'à ce qu'elle ait obtenu des prédictions qui lui conviennent. En flattant sa manie, comment Edouard ne l'amènerait-il pas à ses fins?
HÉLÈNE
Il n'y a pas de caractères si complets qui ne
35a LA CURE MERVEILLEUSE.
déconcertent parfois les gens qui croient les connaître le mieux.
MARINp.
Quand cela ne servirait qu'à nous donner la comédie. ,^^
HÉLÈNE
Il est vrai que je tremble sur tout ; mais n'est-il pas à craindre que nous n'aggravions encore notre situation ?
MARINE
A écouter mademoiselle, il faudrait se croiser les bras et pleurer. Tandis qu'on agit , du moins le temps passe.Voyonsd'abordmonsieurEdouard. Où est-il ?
MAURICE
A la grille du jardin, qu'il attend que tu ailles lui ouvrir , Marine.
MARINE
Vous le lui aviez promis d'avance ? C'est furieusement compter sur ma curiosité. J'y vas.
(Elle sort.)