SCENE III
Sur le premier point : la fille Mengin est-elle coupable d'avoir volé des lapins? il ne doit y avoir qu'un seul avis. Je ne le mets donc aux voix que pour la forme.
M. BENIN
M. le président, quelle peine croyez-vous qu'encourra cette petite malheureuse ?
M. DDRET.
Monsieur le juré, la loi vous interdit de pareilles questions. Vous devez ignorer la peine. La loi ne vous consulte que sur l'existence du crime.
M. BENIN
Je ne suis point accoutumé à être juré , moi , et je ne veux pas , pour une fois peut-être que je le serai en ma vie , me charger du malheur de personne.
M. DURET
M. le président , rappelez le juré à l'ordre.
M. JOVIAL
Mon voisin Bénin, vous allez vous faire de mauvaises affaires , sur ma parole.
M. PONCTUEL
Il n'est pas rare de voir des personnes, qui débutent dans la carrière du jury, faire de semblables questions; mais monsieur Bénin doit, àprésent qu'il est instruit , s'interdire la récidive.
MO Lli JURYv
• U »* M. PRESSÉ
Tout cela n'avance à rien. Pas de doute que la fille Mengin ne soit coupable.
M. PONCTUEL. .J'
Monsieur le président^ reposez encore la question, pour que chacun réponde à son tour par oui ou par non. x)» «rtiii-
M. PAJRLAVIDE.
C'est à vous à répondre le premier, monsieur Bénin. La fille Mengin est-elle coupable. d'a^v^ir volé des lapits ? • '<>) r-îtov'-iff iof r •
M. BENIN
Non.
M. DURET
^'(::bihinekî non. imoq .ni. .u .;■,
M. PONCTUEL. '
Si c'est l'opinion de monsieur , vous rt'àvez pas le droit de l'influencer.
M. DURET
Mais il y a mauvaise foi évidente. Je dis plus,
il. y a connivence.
'-»u '■.; ■ M. BENIN. '•'>^ vthurr rr.-^M
Monsieur, le mot connivence ne se prend qu'en mauvaise part, et il ne peut pas y avoir de coUiiiVence pour faire le bien. J'ai soixante ans; je ne mè suis jus(Ju'ici occupé que de niori Commerce, dans lequel je n'ai jamais fait que des opérations sûi-ës ; je iie changerai rien à ma
scÈm m. III
manière, et je préfère le repos de ma conscience à la part d'honneur qui me reviendrait dans la condamnation d'une personne qui , après tout , peut être innocente.
(Le neuvième et le dixième jure' sont attendris'. ) •
M. parlavi'de.
Passons au second juré. La fille Mengin estellé coupable d'avoir volé des lapins ?
M. PRESSÉ
Oui.
l'vivi 1li'j .. M. PONCTUEL.
M. JOVIAL
Rq :m IJ:
Ma' foi, oui.
( Il pousse M. Levcille qui do,r|t>;) j ,1 'Hil LtVEILLÉ.
Heim !
M. PARLAVIDE.
La fille Mengin est-elle coupable d'avoir volé des lapins ?
M. LÉVEILLÉ
Je ne sais pas.
M. DURET
Vous ne savez pas ?
M. LÉVEILLÉ
Comment a-t-on dit avant moi ?
M. PARLAVIDE , d'un ton sévère.
Vous êtes donc occupa d'autre chose que de la délibération?
il 12 LE JURY.
k M. L^VEILLÉ,
Mon Dieu ! non. Oui , oui , celte fille a volé par-dessus les murs.
M. PARLAVIDE.
Aux autres.
M. INDÉCIS
C'est à moi à donner mon avis. Je suis fort embarrassé. Dans le fait , je ne l'ai pas vue. Sans monsieur Lelong et sa servante qui l'ont dénoncée , personne n'en saurait rien. On devrait prendre les témoins pour jurés. Ils seraient bien plus sûrs que d'autres. Malgré cela , pour ne pas retarder le tribunal, je dis non. Non, non, je dis oui.
M. PARLAVIDE.
Mais, c'est se moquer que cela.
M. INDÉCIS
Eh bien, je dis non.
M. PARLAVIDE.
A VOUS, monsieur Duret.
M. DURET
Oui, cent fois oui.
NEUVIÈME JURÉ
Non.
DIXIÈME JURÉ
Non.
ONZIÈME JURÉ
Non.