SCÈNE III. ai
pas à dire du mal des morts ; on prétend que eela porte malheur. Croiriez-vous que dans les derniers temps il aimait mieux me voir de l'humeur que de me voir en gaieté ? C'est à la lettre ; car j'ai de l'humeur quelquefois , et je ne suis guère aimable. Vous ne vous en douteriez pas. Il faut être naturel: quand je suis gaie, je suis gaie; mais aussi quand je suis maussade, je ne me gêne pas davantage. Vous me verrez comme cela, il faut vous y attendre. Je vous gâte dans ce moment-ci. Riez donc. Quel terrible homme vous êtes !
M. FLAMET
Votre déjeuner ne vient toujours pas. (La limonadière entre.) Et ce déjeuner , Madame , et ce déjeuner?
LA LIMONADIÈRE, riant.
Ali ! mon Dieu , s'il me fallait tout ce temps-là pour faire mon café , je ne risquerais rien. Voilà plus de dix fois que cette demoiselle fait repasser le sien sur le marc.
MADAME DEMBRUN.
C'est bien , c'est bien ; vous me faites plaisir ; je vois que Suzanne ne veut pas me tromper.
M. FLAMET , à la limonadière , avec tous les signes d'une humeur concentrée.
Y a-t-il quelque chose à voir à Épernon , Madame?
2i4 LE VOYAGE.
LA LIMONADIÈRE
Quand on est d'un pays, on n'y trouve rien de curieux; mais beaucoup de voyageurs vont visiter l'endroit où on lave les laines; c'est un ancien couvent dont on ne savait que faire, et qu'on a arrangé pour ça. Les personnes qui s'y connaissent trouvent que c'est bien arrangé.
M. FLAMET
Est-ce loin?
MADAME DEMERUN.
J'espère bien que vous n'allez pas me quitter , monsieur Flamet.
LA LIMONADIÈRE
C'est à la porte, Monsieur. Vous suivez la rue tout du long, vous tournez à gauche, ensuite à main droite ; vous traversez le marché ; il y a un passage qui vous mène près de l'église ; vous longez; ça vous conduit à une place; quand vous êtes à l'autre bout, vous allez toujours, et puis vous demandez.
MADAME DEMBRl/N , riant avec affectation.
Effectivement c'est à la porte, comme dit Madame; malgré cela, monsieur Flamet , vous n'irez pas.
M. FLAMET
Si vous déjeuniez au moins.