SCENE III
MADAME DEMBRUN.
Ah! répétez donc; c'est absolument M. Dembrun. Il me semble que je l'entends.
( Suzanne entre. ) SUZANNE, une casserolle et une cafetière à la main.
Madame, voici votre café et de la soi-disant crème.
LA LIMONADIÈRE
Comment! de la soi-disant, Mademoiselle.
M. FLAMET
Je ne sais pas ce qu'on lui trouve , elle a trèsbonne mine.
MADAME DEMBRUN.
Oui; c'est convenu, c'est cqnvenu. D'ailleurs aujourd'hui j'ai juré de ne me plaindre de rien.
LA LIMONADIÈRE
Quand vous n'auriez rien juré, Madame, je défierais qui que ce soit de trouver à redire à cette crême-là.
MADAME DEMBRUN.
Vous avez du pain ?
LA LIMONADIÈRE
Je serais bien malheureuse si je n'en avais pas.
(Elle appelle.) COCO !
COCO, en dehors.
Maman !
2i6 LE VOYAGE.
LA LIMONADIÈRE
Apporte le pain, mon bichon , avec un couteau, et ne te blesse pas.
MADAME DEMBRUN, riant.
Le pain ! ah ! ah ! ah ! ah ! le pain ! Est-ce que vous n'avez pas des petits pains?
LA LIMONADIÈRE
Où y a-t-il des petits pains à cette heure-ci ?
MADAME DEMBRUN.
A Paris, je suppose.
LA LIMONADIÈRE
A Paris! à Paris! Nous ne sommes pas à Paris. (A M. Flamet.) Mais c'est vrai.
JM. FLAMET , bas.
Ne prenez pas gaVde.
COCO, apportant un paiu de quatre livres.
Est-ce que c'est pour elles ?
(Il indique madame Dembrun et Suzanne.) LA LIMONADIÈRE.
Oui , mon lapin.
COCO, posant le pain sur la table.
Tenez, v'ià le pain et v'ià le couteau.
MADAME DEMBRUN , d'un ton mielleux.
C'est à vous ce joli enfant-là, Madame?
LA LIMONADIÈRE
Oui, Madame.