‹ Proverbes dramatiques (volume 5)Chapitre 135 sur 232 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MADAME DEMBRUN.

En voilà assez.

JÉRICHO

C'est que je ne veux pas qu'on croie que Monsieur fait des cachotteries. Monsieur est maître comme Madame est maîtresse ; pourquoi donc se cacherait-il ?

MADAME DEMBRUN.

En voilà assez , vous dis-je.

JÉRICHO

Monsieur est raisonnable, lui.

( Il sort. ) MADAME DEMBRUN.

C'est d'une force à n'y pas tenir. Jusqu'au domestique que nous allons avoir contre nous à présent! Quelque patience qu'on ait, il est impossible de supporter pareille chose.

SUZANNE

Je ne me donne pas pour sorcière ; mais j'aurais dit tout cela d'avance à Madame.

MADAME DEMBRUN.

Vous savez comme je suis, Suzanne; on me trompera tant qu'on voudra : aussi ne chercheraije pas à m'excuser. J'avouerai que j'ai été sotte; sotte d'abord d'avoir consenti à m'embarquer dans une voiture qu'on m'avait envoyée trois jours

a44 kE VOYAGE.

d'avance, et qu'à la moindre inspection je devais trouver incommode.

SUZANNE

Ah ! ne m'en parlez pas.

MADAME DEMBRUN.

Ce ne serait encore rien , si nous eussions voyagé avec un homme un tant soit peu complaisant. Quand on doit faire deux cents lieues ensemble , je conçois qu'on ne s'astreigne pas à la dernière galanterie ; mais se conduire comme M. Flamet! Prendre deux heures pour déjeuner, lui et son domestique , dans une bonne auberge , et ne trouver rien de mieux pour nous qu'un méchant estaminet, où il nous abandonne aux grossièretés d'une femme abominable et d'un roulier ivre mort !

SUZANNE

Et pourquoi nous quittait-il ? Pour ficeler sa voiture.

Vous n'étiez pas là; mais, un instant auparavant, ma société lui semblait tellement insupportable, qu'il parlait d'aller niaiser avec des laveuses de laine.

■ SUZANNE

Niaiser ! Je ne crois pas que ce soit un homme qui niaise. Si on pouvait tout dire...

Page 1