SCENE IV
MADAME DEMBRUN.
Qu'est-ce donc ?
SUZANNE
Ah! Madame, il y a des choses...
MADAME DEMBRUN.
Expliquez-vous.
SUZANNE
Madame n'avait donc pas demandé des renseignemens? Il n'est pas possible que M. Flamet ne soit pas connu.
MADAME DEMBRUN.
Il est très-connu au contraire.
SUZANNE
Alors, Madame, c'est que le monde est indigne; car on aurait dû prévenir Madame.
Prévenir de quoi?
SUZANNE
Madame se rappelle sans doute qu'il était monté sur le siège , à côté de son domestique ? Il était bien là...
MADAME DEMBRUN.
Très-bien.
SUZANNE
En bon air, pouvant voir tout autour de lui ; certainement il n'était pas possible d'être mieux.
a46 LE .VOYAGE.
Par réflexion , il a parlé de poussière , de soleil ; c'était un prétexte ; il avait ses projets pour vouloir rentrer dans la voiture.
MADAME DEMBRUN.
Quels projets?
SUZANNE , baissant les yeux.
Ah ! Madame , c'est si scandaleux.
MADAME DEMBRUN.
Scandaleux I Parlez donc.
SUZANNE
Eh bien! Madame, c'était pour me serrer les genoux.
MADAME DEMBRUN , riant de toutes ses forces.
Vous serrer les genoux ! à vous ? à vous ?
SUZANNE , d'un ton piqué.
Oui, Madame, à moi, à moi. Pourquoi donc pas?
MADAME DEMBRUN, riant toujours.
Vous vous serez trompée , ma pauvre Suzanne; la voiture est si étroite qu'il n'est pas étonnant...
SUZANNE
Mais, Madame, je dois m'y connaître; et je sais très-bien ce que je dis quand je dis qu'il me serrait les genoux. Il me les serrait évidemment.