‹ Proverbes dramatiques (volume 5)Chapitre 148 sur 232 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MADEMOISELLE PITOU

Volontiers ; car je n'en puis plus. Savez-vous que j'ai fini hier ma soixante-neuvième année, et qu'à l'heure où je vous parle , je suis dans ma soixante-dixième.

MADAME DÏJPUIS.

A vous voir, on ne le croirait jamais.

MADEMOISELLE PITOU

Ah! ah ! c'est bon à dire; mais des événemens comme ceux qui se passent vous avancent bien.

MADAME DU PUIS

Vous êtes donc toujours carliste ?

MADEMOISELLE PITOU

Toujours, ma nièce. J'ai vécu dans l'amour de nos maîtres, et , si Dieu le permet, j'espère bien y mourir.

MADAME DUPUIS

C'est on ne peut pas mieux.

MADEMOISELLE PITOU

Je sais bien que c'est une plaisanterie de votre part ; vous êtes sans doute à la* mode ; vous devez être révolutionnaire.

MADAME DUPUIS

Révolutionnaire ! vous vous trompez beaucoup, ma tante; je vais ce soir à la Cour.

MADEMOISELLE PITOU

A votre cour; car la nôtre n'est plus en France.

MADAME DUPUIS

Pauvre tante ! à quoi allez- vous penser? Vos maîtres , comme vous les appelez , sont partis pour jamais.

MADEMOISELLE PITOU

On a été enchanté de l'abaissement des uns , parce qu'on a espéré prendre leur place ; on ne pense pas qu'il y a plus bas des gens qui espèrent aussi prendre la place des autres.

MADAME DUPUIS

A quoi bon me dites- vous cela? Je n'ai pris la place de personne.

MADEMOISELLE PITOU

Ma petite dame, ma petite dame , on a beau n'avoir jamais eu d'esprit, l'âge donne de l'expérience ; et je vous vois avec peine vous embarquer dans des glorioles qui feront peut-être qu'un jour...

MADAME DUPUIS

Achevez.

MADEMOISELLE PITOU

Que de gens j'ai vus triompher, dont on s'est moqué ensuite ! Dieu m'a fait naître marchande ; je suis restée marchande tant que mes forces me l'ont permis. Vous êtes riche ; eh bien ! qui vous

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