SCÈNE IV ET DERNIÈRE
MADAME DEPUIS
Vous croyez qu'il ne serait pas mieux que je l'envoyasse porter chez lui par un de mes domestiques ? C'est plus dans les formes , et les étrangers sont assez susceptibles là-dessus.
MADAME FONTAVILLE.
Prenez donc garde que celui-là est un révolutionnaire , d'où je conclus qu'il doit fort peu se soucier des formes.
MADAME DUPUIS
Des révolutionnaires comme lui !
MADAME FONTAVILLE.
Sont très-révolutionnaires , ne vous y trompez pas ; c'est ce que vous appeliez tout-à-l'heure un brouillon dans toute la force du terme.
MADAME DUPUIS
J'ai dit un brouillon parce que c'est le premier mot qui m'est venu à la bouche. Il est certain que dans un pays qui est par trop opprimé, on doit être tenté quelquefois de remettre à la raison les* gens qui abusent du pouvoir; surtout quand on a du cœur et de l'élévation dans l'ame. Qui est-ce qui ne sait pas cela?
MADAME FONTAVILLE , lui prenant la main avec amitié.
Si vous l'avez su, ma pauvre Henriette, il faut avouer du moins qu'il y a des instans où vous sem-
blez l'oublier. Personne n'est tenu à avoir une m émoire imperturbable.
MADAME DUPUIS
Que vous êtes méchante !
MADAME FONTAVILLE.
Moi ! oh ! point du tout. D'ailleurs je ne pourrais pas l'être avec vous ; vous n'êtes pas assez forte. Àh ! çà , voulez-vous , oui ou non , me donner cette invitation, ou seulement un imprimé? je le remplirai chez moi.
MADAME DUPUIS
En voici trois, quatre, si cela peut vous faire plaisir.
MADAME FONTAVILLE.
Je n'en ai besoin que d'un.
MADAME DUPUIS, d'un ton caressant.
Dites-moi, ma belle, aurons-nous votre mari?
MADAME FONTAVILLE.
Il viendra avec moi pour vous présenter son proscrit; et si des affaires l'empêchaient de rester, nul doute qu'il ne soit de retour pour me reconduire.
MADAME DUPUIS
Chère et bonne Mélanie , combien vous prenez de précautions pour me faire entendre que notre . société n'est plus la vôtre !