SCENE I
MADAME VERMONT
Vous me faites pitié avec vos lamentations de père noble. C'est bien le moment de penser à ce que votre fille aurait pu être ! Il faut penser à ce qu'elle est. Son. mari ne vaut pas mieux qu'elle, j'en tombe d'accord; ainsi cela ne fait qu'un mauvais ménage. Mais, comme elle a plus d'esprit que lui , il fallait les abandonner à eux-mêmes.
M. VERMONT
Abandonner ma fille, c'était autoriser les bruits que M. Lori et sa famille faisaient courir sur elle. Est-ce là ce que vous vouliez ?
MADAME VERMONT
Moi , je ne veux rien du tout. Je là croirai même une Lucrèce , pour peu que cela vous fasse plaisir. Cependant votre singerie de tribunal n'empêchera pas que son mari et elle ne se séparent, positivement à cause de l'éclat que vous avez fait. Toute la ville se moquera de vous.
M. VERMONT
Que la ville s'arrange. Sans elle et les sots propos qu'on est venu me tenir, est-ce que j'aurais jamais songé à rien ?
MADAME VERMONT
Vous voyez déjà que ce qu'il y a de mieux dans
les deux familles n'a pas voulu se prêter à cette
jonglerie.
M. VERMONT
Notre parent, M. Beaunoir, procureur du roi, a cependant promis de venir.
MADAME VERMONT
Partout bu il peut parler et faire taire les autres, il n'a garde d'y manquer. Un procureur du roi !
M. VERMONT
Il est de ma famille, il est tout simple que vous ne l'aimiez pas. Je ne puis prendre ma revanche sur la votre, puisqu'elle m'est inconnue. Mais, si je la connaissais , j'en parlerais à coup sûr avec plus de ménagemens que vous ne faites de la mienne.
MADAME VERMONT
Qu,e voulez-vous dire de ma famille ? Sachez , Monsieur , qu'elle valait la vôtre pour le moins. Les malheurs qu'elle a éprouvés et que je vous ai racontés tant de fois sont la cause de l'abandon dans lequel vous m'avez trouvée. Si l'on peut reprocher quelque chose à ma conduite , vous seul peut-être n'en avez pas le droit.
M. VERMONT
Ce n'est pas cela que je voulais vous dire.