SCENE III
faut toujours qu'une femme se plaigne; mais je ne hais pas les hommes terribles, moi. Un mari comme notre neveu m'aurait fait pitié. C'est une poule qu'un homme comme cela.
MADAME LEDOUX
Tellement poule , qu'hier au soir encore il n'était pas très-éloigné de demander pardon à sa femme.
MADAME DURAND
Vous dites vrai ?
MADAME LEDOUX
Très-vrai. Vous concevez bien que je n'ai pas manqué d'argumens pour lui remontrer le tort qu'il se ferait.
MADAME DURAND
Je le déshériterais s'il était capable d'une telle bassesse.
MADAME LEDOUX
Ma sœur, il est notre neveu.
Il ne serait plus digne de l'être.
MADAME LEDOUX
C'est le seul rejeton de la famille.
MADAME DURAND
Peu m'importe. Je ne prétends pas que ma fortune passe jamais aux enfans de la demoiselle Vermont.
MADAME LEDOUX
Cette idée-là n'est pas agréable, il faut en convenir. Mais, grâce au ciel , elle n'en a pas encore.
MADAME DURAND
Et s'ils venaient à se rapprocher ?
MADAME LEDOUX
Ah ! les rapprochemens sont perfides.
MADAME DURAND
Je vous répète, ma sœur, que je le déshériterais.
MADAME LEDOUX
Et moi aussi. Je ne suis pas méchante , mais je crois que je le déshériterais.
MADAME DURAND
J'ai mon filleul Coco qui est un sujet charmant; je lui donnerais tout mon bien.
MADAME LEDOUX
Je laisserais le mien à mes deux petits orphelins.
MADAME DURAKD.
Rien n'est sot comme de penser qu'on doive sa fortune à un homme parce qu'il est votre neveu.
MADAME LEDOUX
.Surtout lorsque vos affections se sont dirigées d'un autre côté; car ce n'est pas toujours le sang