SCENE IX. i
MADAME LEDOUX , bas à madame Durand.
Sacrifier nos affections les plus chères ! Est-ce qu'il prendrait parti contre sa nièce ?
MADAME DURAND
Voyons jusqu'à la fin.
M. BEAUNOIR
« Mais craignons de confondre l'innocent avec « le coupable; et, puisque nous autres , hommes « d'une ère nouvelle , d'une ère de loyauté , de « gloire et de prospérité , nous nous regardons « comme les instrumens dont se sert la Providence « pour séparer l'ivraie du bon grain, ne donnons « point 1 exemple d'une précipitation à la fois dan- « gereuse et coupable. »
MADAME DURAND
Nous y voilà. En d'autres termes, faisons traîner cette affaire en longueur, tellement qu'il n'en soit plus question.
M. BEAUNOIR
Madame, vous ne devez pas m'interrompre.
MADAME LORI
Est-ce que madame Durand s'imaginerait , par hasard, que j'ai fort à cœur qu'il ne soit plus question de rien ? Elle se tromperait beaucoup. Je désire , au contraire , que tout ceci finisse séance tenante. Je n'ai pas tous les jours autant de temps
à perdre qu'aujourd'hui , et je ne répondrais pas de mon exactitude à me rendre à de nouvelles assignations.
MADAME DURAND
Oubliez-vous que vous êtes l'accusée?
MADAME LOHI.
Vous oubliez bien que vous êtes juge. Si je suis l'accusée, c'est que je l'ai bien voulu. Il ne tenait qu'à moi d'être à la place de M. Lori , et qu'il fût à la mienne; mais peu importe. De quoi s'agitil ? de nous séparer ? Eh bien ! qu'on nous sépare. v
M. TAUPIN
Calmez- vous , ma petite nièce , et laissez-nous procéder avec ordre. Pour couper court , demandons à M. Lori de déduire ses griefs.
M. LORI
Oui , pour que Madame se moque de moi.
MADAME LORI
Je vous promets de vous écouter avec beaucoup de curiosité.
M. LORI
Vous voyez bien déjà.
MADAME DURAND
Parlez , parlez , mon neveu ; nous saurons vous soutenir.