SCÈNE III. i
« si remarquable par son bon esprit, par son exce cellente conduite, un aveu que je n'ai jamais fait « à personne , elle n'avait pas une position plus « brillante que Georgette quand je l'ai épousée , « et elle a fait trente ans le bonheur de ma vie. Sa « reconnaissance pour moi ne s'est pas démentie « un seul instant. C'est un avantage que j'ai eu « sur beaucoup de maris dont les femmes croient « ne rien leur devoir parce qu'elles ont apporté « une dot qui le plus souvent ne suffit pas au « quart de leur dépense.
« Je pars après-demain pour Paris afin de con- « naître ta Georgette par moi - même , et je ne la « quitterai qu'après votre mariage. »
GEORGETTE , avec la plus vive émotion.
Mariage !
JDLES.
Mariage; oui, Georgette. Lis plutôt.
GEORGETTE
Attendez un instant. Mariage! Bien sûr, je ne rêve pas ; mes yeux sont ouverts; je vous vois; vous
tenez une lettre. ( Elle se laisse tomber à genoux. ) Ah!
mon Dieu , que le bon Dieu est bon !
JULES , lui présentant la lettre.
Lis, lis , Georgette.
i64 LA GRISETTE.
GEORGETTE, essuyant ses yeux.
Je ne puis rien distinguer. Mais je m'en rapporte bien à vous , monsieur Jules ; vous ne m'avez jamais trompée.
JULES , reprenant sa lecture.
m Une fois ma résolution prise , j'ai voulu te a l'écrire tout de suite ; je n'aime pas les coups de « théâtre. Pour ta mère , il est censé que Geor- « gette a douze mille francs , et elle les aura , car « je les lui donne en mémoire de ma pauvre femme. « Ce sera un secret entre nous. J'ai compté qu'avec « la succession de ton père dont il est temps de « te mettre en possession ; plus , deux mille cinq « cents francs par an que j'y ajouterai ; si vous ic voulez rester à Paris , vous pourrez y vivre ; mais « ici , combien vous seriez riches !
a Je ne te dis cela qu'en passant. Je deviens « vieux; tu es mon seul enfant , mon unique hélice tier; je suis d'humeur facile; tu le sais; vous ce causerez de cela ensemble. »
GEORGETTE
Et si j'allais ne pas plaire à votre oncle?...
JULES
Est-ce qu'il ne te plaît pas , lui ?
GEORGETTE
C'est une Providence pour nous. Vous dites sou-