SCENE I. i
MADAME DEMBRUN.
On croirait cela ; eh bien ! dans une voiture on ne s'en aperçoit pas. Suzanne tient à une trèsbonne famille de cultivateurs; elle a du bien dans son pays; elle me sert plutôt par affection qu'autrement; et si jamais elle me quittait ce ne serait que pour retourner chez elle. Vous voyez bien d'après cela que ce n'est pas une fille qu'on puisse aventurer sur un siège de cocher.
( Clément entre. ) CLÉMENT.
Madame, est-ce tout?
MADAME DEMBRUN.
Absolument tout. Prenez ce châle , mon ombrelle et ma petite boîte à ouvrage ; vous les mettrez tout bonnement dans le filet. ( a m. Flamet. ) De cette façon-là nous n'en serons pas embarrassés.
CLÉMENT
Il n'y a pas de filet , Madame.
Il doit y en avoir un; mon domestique aura cru inutile de l'attacher ; je vais y aller voir.
( Il sort. ) MADAME DEMBRUN.
Qu'est-ce donc que fait Marguerite, que je ne l'ai pas encore vue ce matin?
CLÉMENT
Elle apprête la chaufferette de voyage que Madame a achetée pour si, par hasard, il faisait froid en route.
MADAME DEMBRUN.
Il ne faut pas un siècle pour cela. J'allais oublier mon oreiller ; il est sur le canapé de ma chambre , portez-le tout de suite.
( Clément sort; Suzanne entre.) SUZANNE.
Je viens de faire aussi mon petit emménagement. Il est drôle , ce monsieur ; ça n'avait pas l'air de lui faire plaisir.
MADAME DEMBRUN.
Bast , bast , il ne faut pas y prendre garde. Ne s'était-il pas mis dans la tête de vous faire monter sur le siège à côté de son domestique.
SUZANNE
Par exemple!
Vous jugez comme je lui ai répondu.
SUZANNE
C'est à l'anglaise, mais ça n'en est pas moins atroce. Exposer une femme à l'injure du temps, pendant tout un voyage , comme si c'était un chien ! Il ne me plaît pas à moi ce monsieur-la , Madame.