SCENE H
de trente ans, et sur le trône encore; ce n'est pas de notre siècle. Eh bien ! vous ne dites rien ?
LE PRÉSIDENT
J'écoute Votre Altesse.
LE MARGRAVE
Si les 'choses s'arrangent comme je l'espère, que pourra-t-on me reprocher? Madame de Walter est Rudens de son nom; par son mari, par sa famille, elle a droit aux plus grands honneurs de la cour; ce ne sera pas du moins une femme obscure que j'aurai élevée jusqu'à moi. A quoi rêvez-vous?
LE PRÉSIDENT
Je cherche qui peut avoir suggéré de pareilles pensées à Votre Altesse.
LE MARGRAVE
Pas de leçons; aujourd'hui cela m'ennuierait. Ne dirait-on pas qu'il faut avoir un esprit supérieur pour avoir de ces pensées-là ?
LE PRÉSIDENT
Quel exemple alles^vous donner à vos sujets?
LE MARGRAVE
Je ne prétends pas non plus qu'ils s'autorisent de notre exemple.
LE PRÉSIDENT
Cependant....
LE MARGRAVE
Mes inclinations regardent-elles personne?
LE PRÉSIDENT
Un femme mariée ! Songez à votre famille , dans laquelle vous allez porter le trouble. Mon prince, j'embrasse vos genoux. ^
LE MARGRAVE
Ah ! vous allez faire du Burrhus, à présent !
LE PRESmENT.
Tout le margraviat n'aura qu'un cri.
LE MARGRAVE , avec emportement.
Le margraviat! Qu'est-ce à dire le margraviat? Le margraviat c'est moi.
LE PRÉSIDENT
O mon maître , ne repoussez pas le dévouement d'un serviteur loyal et d'un fidèle sujet.
LE MARGRAVE
Le dévouement c'est de se taire. Je vous ai gâté, monsieur. De ce que je vous ai permis des représentations sur les choses dont je ne me souciais pas, vous vous êtes imaginé que vous pourriez étendre cela à tout ; vous vous êtes trompé. Si madame de Walter paraît sensible au bien que je lui veux, demain je la fais dame d'honneur.
(Il sort.) LE PRÉSIDENT, seul.
Quel feu de paille, (ii rit.) 11 a beau dire, ou il achètera ma complaisance par quelques faveurs, ou il me reviendra avec plus d'estime pour mon caractère. Ma position est prise.