SCÈNE IL
MADAMB LAROCHE, NANEITE, M. SAINT UTSUNT.
M. SAINT-UTSUNT.
De la matinée je n'ai vu madame Hébert. Elle ne reste donc plus à présent chez elle, Nanette?
NANETTE
Elle n'y reste qu'autant que cela lui plaît, monsieur.
( Elle sort en courant. )
Ah! bonjour, madame Laroche. Je viens de re-
SCEIVE II. 33t
cevoir des nouvelles du jeune Raymond , le protégé de madame Hébert; je suis très-mécontent de sa conduite.
MADAME LAKOGHE.
Qu'est-ce donc ?
M. SAINT-UTSUNT.
Je crains qu'il ne réponde pas aux soins qu'on a pris de lui.
MADAME LAROCHE
Il y a long-temps que vous avez cette crainte-là. Je ne sais pas comment un homme de votre âge peut s'acharner ainsi contre un enfant. A peine êtes-vous arrivé que vous avez déjà reçu de mauvaises nouvelles sur son compte.
M. SAINT-UTSUNT.
N'allez-vous pas dire que je les ai fait faire exprès? Sans savoir de quoi il est question , vous commencez par me donner tort.
MADAME LAROCHE
C'est que je n'ai pas besoin de savoir de quoi il est question y monsieur Saint-Utsunt. J'aime le petit Raymond ; c'est le fils d'un brave officier qu'on appelait de fortune, positivement parce qu'il n'avait rien. A la mort de ses parens, madame Hébert s'en» est chargée; elle voulait le faire élever près d'elle; vous n'avez pas eu de cesse qu'elle ne l'eût placé dans un séminaire. S'il s'y conduit mal , c'est votre faute ; il n'était peut-être pas fait pour être dans un^ séminaire.
53S LE SEMINARISTE.
M. SAINT-UTSTJNT.
Soyez donc juste. Madame Hébert pouvait-elle garder dans sa maison un jeune homme qui avait déjà quatorze ans^ avec mademoiselle Louise, sa nièce, qui n'était qu'un peu plus jeune que lui?
MADAME LAKOCHE.
On aurait vu plus tard. Un beau garçon, fort et robuste comme Raymond , élevé jusqu'alors par une mère remplie de talens et de vertus, n'était certainement pas un sujet embarrassant.
M. SAINT-UTSXJNT.
Vous venez de dire vous-même qu'il n'avait rien.
MADAME LAROCHE
La belle vocation que de ne rien avoir pour entrer dans un séminaire !
M. SAINT-UTSUNT.
Madame Laroche, brisons là-dessus, je vous prie.
Oh ! mais , moi , je ne suis pas une madame Hébert ; je ne brise que quand je le veux bien. Il y a trois semaines que Raymond est venu nous voir ; nous en avons tous été très-contens. Pourquoi arrivez-vous tout exprès pour le brouiller avec sa protectrice ?
M. SAINT-UTSUNT.
Si vous aimez madame Hébert, comme je me plais à le supposer, ne devez-vous pas désirer qu'on lui ouvre les yeux sur le compte d'un jeune homme