‹ Proverbes dramatiquesChapitre 201 sur 255 · SCÈNE XXL RAYMOND, JULIEN, MADAME LAROCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE XXL RAYMOND, JULIEN, MADAME LAROCHE

MADAME LABOGHE.

Raymond, allez chez moi; je ne tarderai pas à vous y rejoindre.

HATMOm).

Que j'aille chez vous ! Comment ! ne m'est-il phis permis de rester dans cette maison ?

Je ne dis pas cela.

RAYMONa

£h bien ! madame, pourquoi n'attendrais-je pas ici madame Hébert? Il faut que je connaisse mon sort. Je vois que je me suis trahi sans le vouloir; monsieur Saint-Utsunt ne m'a que trop compris. Puisque vous avez été témoin de l'entretien qu'il vient d'avoir avec elle, je n'ai rien à vous apprendre. Vous savez à présent quelle était Tillusion que je me faisais. Les ex'pressions de bonté dont madame Hébert s'était servie avec moi m'avaient paru des expressions de tendresse, je m'étais trompé. Cette erreur me causera peut-être la mort; mais monsieur Saint-Utsunt lui a dit la vérité,

JULIEN, en riant.

C'est donc madame Hébert que tu aimes?

RAYMOND

Ne ris pas , Julien ; je t'en prie , ne ris pas. Peux-tu

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seulement me comprendre ? Tu as toujours joui de ta liberté; j'ai toujours été reclus. Une femme, c'était pour moi madame Hébert ou mademoiselle Louise; je ne connaissais qu'elles; et si mademoiselle Louise se rapprochait plus de mon âge, madame Hébert tenait cependant plus de plaôe dans mes pensées. Cette douceur si continue, cette bienveillance qu'elle porte sur tout ce qui Tentoure, mais que je me fraisais à croire plus marquée pour moi que pour les

autres Oui, je ne le cache pas, tantôt, lorsqu'elle

m'a dit que je ne serais jamais un étranger pour elle-, j'ai perdu la tête.

MADAME LAHOCHE, ]o regardaiH avec itttôrdt.

Pauvre jeune homme !

RAYMOND

Est-ce qu'elle est fort en colère contre moi?

MADAME LAROCHE

Non.

RAYMOITD.

Elle aurait bien tort. Je veux me marier, parce que je suis un honnête garçon , que je suis né pour être marié. Une femme qui m'aimera sera si heureuse avec moi ! Je lui consacrerai ma vie; elle sera ttotï idole, l'arbitre de ma destinée.... Mais cette femme, quelle est-elle? car je pense encole à madame Hébert.

MADAME LAUOCHË.

C'est pour cela qu'il faut que vous alliez chez moi , Raymond} vous ne pouvez pas lui parler dans la

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situation d'esprit où vous êtes. Monsieur Julien va vous accompagner ; il vous accoutumera à des idées plus sages ; il vous fera entendre , ttioa cher ami, que madame Hébert n'est pas obligée de vous épomer> parce qu'il y a eu entre vous un quiproquo. Que vous l'aimiez , rien n'est plus naturel ; elle vous aime beaucoup aussi; mais j'ai peine à croire que ce soit de là façon que vous le désirez. Laissez-moi lui parler. Je l'ai trouvée tout à l'heure plus rêveuse qu'attentive aux longs sermons de monsieur Saint-Utsunt ; il serait possible qu'elle commençât à s'en fatiguer, t^renez patience et ne bravez rien , croyez-moi.

RAYMOND

Je n'ose pas vous faire une question.-

MADAME LAROCHE

Laquelle ?

RAYMOÏfD.

Vous connaissez msidame Hébert encore mieux que je ne la connais; si vous étiez à ma place, conserveriez-vous quelque espoir?

MADAME LAROCHE

Ck>mment voulez-vous que je réponde à cela^ innocent que vous êtes? Il serait même question de moi, que je fie saurais que vous dire. Une femme qui ne pense à rien, et qui se trouve tout à coup pour adversaire un jeune homme possédé d'une vocation de mariage à faire trembler, c'est très-étourdissant.

RAYMOND

Mais ce jeune homme n'est pas un étranger pour

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elle ; elle le connaît ; elle sait combien il a de raisons pour la chérir, pour l'adorer. D'aiHeurs, madame Hébert n'est-elle pas charmante ? Si Julien n'avait pas un ai)tre amour dans le cœur, je suis sûr qu'il l'aimerait' comme je l'aime; et Julien n'est pas beaucoup plus âgé que moi.

MADAME LAROCHE

Pourtant sans ce malentendu, où elle croyait que vous lui parliez de Louise, et où vous avez cru qu'elle vous parlait d'elle-même, votre tête n'aurait pas fait tout le chemin (qu'elle a fait.

RAYMOND

Il est bien sûr que c'est elle que j'aime. Dans tous les romans que je lis (car on a beau faire, nous lisons des romans), pour peu que l'héroïne soit douce, bonne, tendre, sensible, c'est toujours sous les traits de madame Hébert que je me la représente. Il n'y a pas un de mes camarades, au séminaire, auquel je n'en aie parlé comme je vous en parle; tous voudraient la connaître.

jnLIEN.

Voilà une singulière envie pour des séminaristes.

RAYMOND

Des séminaristes sont des jeunes gens comme d'autres. Né vas-tu pas t'imaginer qu'ils sont pétris d'un levain particulier? Il n'y en a pas un qui ne soit à se raisonner, depuis le matin jusqu'au soir, pour persévérer dans l'état qu'on lui a/ait prendre. Ainsi, à tes yeux, je serais le seul qui aurais les idées que j'ai. Madame

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