SCÈNE IV
MADAME DE MÉRIGNY, mada^me HERFORT, M. LIÉVEN.
GATIEN, «imoBçant.
Monsieu r Liéven. ( ii sort. )
80ÈNE IV. 411
M. LIÉVBN, k madam» do M^rignj.
Madame , j'ai été au moment de vous présenter ma sœur qui est de retour de son grand voyage , et que j'ai été assez heureux pour pouvoir conduire ce soir aux Français.
MADAME HERFORT, d'oo ton trës-doux.
Est-ce que c'était cette jolie dame que j'ai vue dans votre loge?
M. UÉVEN.
Oui. Je voulais aller vous en prévenir ; mais je ne pouvais pas la laisser seule avec des personnes qu elle ne connaissait pas.
MADAME DE MÉRIGNY.
Monsieur votre beau-frère n'était donc pas avec vous ?
M. LIÉVEN
Mon beau- frère s'est couché en arrivant; mais pour elle, depuis quatre ans qu'elle n'entend que de l'allemand , c'était une trop grande fête pour qu'elle pût résister. Elle était ravie.
MADAME DE MÉRIGNY.
On dit pourtant que cette pièce n'est pas bonne.
M. LIÉVEN
Qui est-ce qui dit cela ?
MADAME HERFORT, un peu embarraMce^
Sous le rapport de la versification.
M. LIÉVEIf.
Ell« est eh prose? ^
412 LA PREMIERE REPRÉSEIVTATIOÏV.
MADAME HERFORT
En vérité? La plupart des vers que Ton fait aujourd'hui sont si singuliers , que souvent , à moins de les lire , je m'y trompe. Eh bien ! une tragédie en prose , c'est un mélodrame.
M. LIÉVEN
Si vous voulez. Je ne mets pas d'importance aux dénominations. C'est intéressant, c'est naturel.
MADAME HERFORT
Allons, allons , il faut en convenir, monsieur Liéven , un peu trop naturel. Il y a là-dedans des rois, des princes, des gens de cour qui parlent comme tout le monde.
M. LIÉVEN
Est-ce que vous seriez fâchée d'entendre des rois parler comme tout le monde ?
MADAME DE MÉRIGNT.
L'art du poète consiste pourtant à embellir un peu la nature.
M. LIÉVEN
D'embellissemens en embellissemens nous avons été conduits à ne plus voir que des personnages de fantaisie. Certainement les trônes de l'Europe n'ont jamais. été occupés par des souverains plus éclairés, plus spirituels que peux qui existent aujourd'hui ; eh bien ! je parierais qu'il n'y en a pas quatre qui parleraient comme ceux que Corneille et Racine font parler dans leurs pièces.
MADAME DE MÉRIGNY.
Il se tire toujours de tout parles plaisanteries.