SCENE III. m
ARTHUR
Monsieur, pourriez-vous me dire si le sermon est déjà commencé?
M. DRAYEL.
Je ne crois pas, monsieur.
ARTHUR , arrangeant sa cravate devant une glace^
On dîne si tard à présent !
Et vous seriez bien fâché de manquer un sermon ?
ARTHUR
Nous avons décidé qu'il fallait être religieux.
M. DRAVEL.
Nous ! Je vous demande pardon , monsieur : qu'entendez-vous par nous ?
ARTHUR
Une société de jeunes gens dont je fais partie. Nous ne savons pas encore ce que nous croirons ; mais comme nous voulons rester cosmopolites, nos doctrines seront simples et élevées.
M. DRAVEL.
Vous serez tolérans, du moins?
ARTHUR , d'un air capable.
Tolérans en ce sens que nous repousserons l'analyse, qui n'est autre chose que la décomposition. Nous voulons des principes fondés sur de larges ha^ îses, il est vrai, mais dont les conséquences soient f;^n
ciles à déduire; nous reconnaîtrons des causes, afin de pouvoir reconnaître des effets; en un mot, notre culte sera la synthèse.
M. DRAVEI^
Avec une méthode aussi claire, vous ferez beaucoup de prosélytes.
ARTHUR
Très-certainement, pourvu que la satire ne vienne pas éloigner les faibles. Plus une chose est sérieuse, et plus il est &cile de la tourner en dérision. Je suis étonné qu'on n'interdise pas la discussion sur des matières aussi importantes.
M. DRAVEL.
Vous ne voulez pas même de discussion ?
ARTHUR
Non , monsieur. L'esprit de discussion est un esprit de destruction. Je ne sors pas de mon système.
M. DRAVEL.
Il faut être conséquent.
ARTHUR
Je ne sais pas si madame de Verseuil est arrivée.
M. DRAVEL.
Je ne l'ai pas vue ; mais peut-être sera-t-elle entrée par l'antichambre,
ARTHUR
Je suis venu par ici, parce qu'on m'a dit que de l'autre côté tout était plein : je vais voir.
( n entre dans le selon. )