‹ Proverbes dramatiquesChapitre 58 sur 255 · SCENE XIX. lOS · texte numérisé non relu

SCENE XIX. lOS

MADAME DE YERSEUIL.

Vous m'en direz tant.

MADAME DE GAMBROUZE.

J'esperè que ce n'est pas commun. Une possédée !

MADAME DE YERSEUIL.

D'où faitès-Yous donc venir cela?

MADAME DE GAMBROUZE.

De Bretagne, ma chère dame, de Bretagne! Il paraît qu'on en trouve à présent dans ce pays-là presque autant qu'autrefois.

MADAME DE VERSEUIL

Ce sera curieux, je n'en doute pas; mais ce sera bientôt fait.

MADAME DE GAMBROUZE.

Tout est prévu. Le démon ne doit la quitter qu'à dix heures et demie ; et comme je ne veux pas que ma société achète chat en poche, ni qu'on s'imagine que M. de Cambrouze et moi nous soyons des compères , j'ai mis pour condition que l'exorciste amènerait avec lui des savans pour faire des questions à la petite possédée après l'opération.

M. DRAVEL, souriant. .

C'est d'une prudence admirable !

M. DE GAMBROUZE.

Et savoir d'elle où le démon la tourmentait le plus.

M. DRAVEL.

Au lieu de n'être qu'un vain spectacle, de la façon

que vous vous y prenez , ce sera réellement une expérience qui pourra avoir des résultats infinis.

MADAME DE CAMBROUZS.

Infinis. Vous y viendrez, j'espère , monsieur Dravel?

M. DHAVEL.

Dès que vous m'en donnez, la permission , madame y assurément je n'y manquerai pas.

M. DE GAMBROUZE.

J'ai toujours été d'avis que, autant qu'il est en nous , on doit chercher à réunir l'utile à l'agréable. Voilà ce qui m'a souri lorsque madame de Cambrouze m'a fait l'ouverture de ce projet. J'y ai vu^ comme tout le monde aurait pu le voir, un sujet de divertissement; mais, dans mes principes, ce n'aurait pas été assez, si en même temps je n'y avais aperçu un champ immense d'instruction.

MADAME DE GAMBROUZE.

Je ne me fais pas meilleure que je ne suis , moi ; j'avoue que ce qui m'a flattée tout d'abord, c'est; que, dans un temps où chacun s'évertue à trouver du nouveau en cherchant dans les vieilleries , j*aurai la première ressuscité celle-là dans la capitale. Je serai pillée, je m'y attends; les courtisans vont s'emparer de cela, comme ils s'emparent de tout; mais ils ne seront que des plagiaires. J'aurai toujours pour moi l'honneur de la date; c'est tout ce que je veux.

M. DE GAMBROUZE.

Ce n'est pas assez, madame de Cambrouze; j'en

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fais juge monsieur Dravel et madame de Verseuil. Quand cette infortunée n'aura plus le diable au corps y il lui faudra nécessairement faire autre chose,

MADAME DE CAMBHOUZE.

Elle fera ce qu'elle voudra.

M. DE CAMBROUZE.

C'est-à-dire que vous ne pensez qu'à votre soirée : j'ai pensé plus loin, je vous en demande pardon. Mon médecin ^ que vous n'aimez^ pas, mais qui n'en eist pas moins un philanthrope dans la bonne acception du terme , m'a promis • formellement de la £aire employer comme somnambule.

MADAME DE CAMÉROUZE.

Attendez' donc, monsieur de Cambrouze; faites-y réflexion , s'il vous plaît. Est-ce que les somnam* bules ce n'est pas du charlatanisme ?

M. DE GAMBROUZE.

Puisque c'est un médecin qui s'en mêle. . .

MADAME DE CAMBROUZE.

J'ai toujours la tête je ne sais où; vous avez raison.

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