‹ Proverbes dramatiquesChapitre 90 sur 255 · VI. il · texte numérisé non relu

VI. il

IgS LA BI80RAGE.

LOUISE

Madame, je crois que Biber est venu un instant pour nettoyer les meubles.

LA COMTESSE , avec ironie.

Vous croyez? Vous n'en êtes pas sûre? Allez, mademoiselle , et dites à monsieur Hutten de faire le

compte de Biber.

LomsE.

Madame le renvoie ?

LA COMTESSE

Exécutez mes ordres.

( Louise lort. ) LA COMTESSE, seule.

Disgraciée! je suis disgraciée! Combien de fois en-^ core serai-je obligée de répéter ce terrible mot avant d'y être accoutumée ? Je ne suis plus rien à la coUr ! C'est impossible ! Non , non , c'est impossible. Que pourra faire sans moi cette princesse sans caractère, sans esprit, incapable d'écrire le plus petit billet? Ne craindra-t-elle pas de perdre la réputation que je lui avais faite ?.... A quoi vais-je penser? Si on lui a persuadé qu'elle compromettrait sa dignité en me rappelant, elle ne me rappellera jamais. Ingrate! Une femme se conduire aussi durement avec une autre femme!

( Elle reste quelque temps pensive , et tout II coup elle sonne ; Louise paraît. ) LA COMTESSE , avec douceur.

Louise, j'avais de l'humeur en entrant dans '*e salon; je ne sais pas trop ce que je vous ai dit; il ne faut plus y penser.

SCEIVE I. 169

LOUISE

Madame tient-elle toujours à ce que je parie à monsieur Hutten?

LA COMTESSE

Non , non; c'est inutile, Louise.

LOUISE

Je remercie madame pour ce pauvre Biber.

LA COMTESSE

Laissez-moi à présent, Louise. ( Louise $ort.) C'est un exemple que je donne à la margrave. Il me semble que, pour peu qu'on ait le cœur bien placé, c'est ainsi qu'on doit agir : mais les princes ne croient rien devoir à personne.

LOUISE , annonçant.

Monseigneur l'évêque de Neubrunn.

( Elle sort. ) XA COMTESSE , allant au-devant de Vévètfae.

Ah ! monseigneur, que je suis reconnaissante !

L'ÉVÉQUJE.

Mon devoir n'est-il pas de consoler les affligés?

LA COMTESSE , soupirant.

Ah!

L'ÉVÊQUE

C'est au château de Lenstenn que j'ai appris cette fatale nouvelle. Vous jugez si j'ai eu hâte de faire mettre mes chevaux. Mais dites-moi que ce n'est pas aussi terrible qu'on me l'a raconté. Vous n'avez pas perdu tout espoir?

ÎM LA BISGKACK.

L\ COMTESSE

J*en conserve bien peu.

L'ÉVÊQUE

Le grand-maréchal vous avait-il effectivement préparé une fête?

LA COMTESSE

Voici la première fois que j'entends parler du grand-maréchal dans cette affaire.

L'ÉVÊQUE

Je vous en fais la question parce qu'on m'en a fait le propos. Pour moi personnellement.... vous savez bien.... Mais vous n'avez pas été à votre terre comme vous l'aviez dit à Son Altesse.

LA COMTESSE

Pardonnez-moi.

L'ÉVÊQUE

Pourquoi le courrier ne vous y a-t-il pas trouvée ?

LA COMTESSE

Je suisJasse de raconter ces détails; mais enfin puisque vous les ignorez , il faut bien que je vous les apprenne. Je me suis arrêtée chez madame Schwarz^ mais deux heures tout au plus , pour complimenter sa fille qu'elle fiançait ce jour-là à un petit Polonais, neveu du grand-maréchal. Je devine à présent que c'est cela qui a mêlé le nom du grand-maréchal dans les contes qu'on aura pu faire.

L'ÉVÊQUE

Et ensuite?

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