‹ Proverbes dramatiques. Tome 4Chapitre 73 sur 254 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

' » MADAME DALINVAL, M. DESCHAMPS.

; , M. OESGHAMPS. . . ' .

De Deschamps ! la peste ! voilà un garçon qui a de belles manières.

MADAME DAUHVAL. •

Comment ! monsieur Deschamps à Paris ! ' mais quelle merveille J

M. DESCHAMP.o.

' Eh ! ■ mon Dieu , oui, ma cliarinante voisine. J’ai quitté là Bourgogne avant-hier matin, et me voici.

8CÈXE: II. • - lîl

•Vons ne prévoyiez donc pas cela rautonine dernier, car vous ne m’en avez pas parlé?

■ M. UESCHAMPS.

* . Comme il était question de mariage , et que rien n’est aussi incertain que ces sortes d’affaires, je n’ai pas voulu vous en rompre la tète avant que ce ne

fût tout-à-fait sûr.

MADAME DAUNVAL.

• , Ah ! vous mariez monsieur votre fils !

M. DESCUAMPS.

Oui. Il épouse mademoiselle Duplessis, dont les parens ont une terre à peu près à deux lieues de la vôtre.

MADAME DALINVAL.

Je les connais un peu. Mais est-c^®^ue c’est un . * mariage? , *

M. DE.SCHAMPS,

Mademoiselle Duplessis est fille unique.

'MADAME DAUNVAL.

J’entends bien.

M. DESCIIAMPS.

. 11 y a vingt-cinq mille livres de renies en fonds de

terre dans cette mai.son-là.

• MADAME DAUNVAT,

C’est possible.

M DESCIIAMPS.

{.a jeune peisoniic est agréable et parfaitement ' . élevée. e • • • . , * •■

, 122 LA SOCIETE INTIME. ’

. , " ' • MADAME OALLNVAE . ^

Je ne dis pas le contraire Mais n’ai-je pas en-

tendu dire que monsieur Duplessis faisait une espèce de commerce ?

* M. DESCHAMPS

Comme vous, comme moi, comme tous les J>ro-' priétaires; à la seule différence que nous ne vendons . que nos vins, et que lui, avec les siens, vend aussi celui des autres. ,

MADAME DALIMVAL.

Enfin , c’est un marchand ; et , sans avoir des pré- • jugés ridicules, je me méfie toujours de la conscience ■ de ces messieurs-là.

M. DESCnAMPS.

Sur quelle conscience vous reposez-vous ,donc alors ? Est-ce sur celle des gens en place ? Tâchez d’en trouver un tfc bonne foi , et il vous dira à combien de mensonges il se condamne chaque jour. Je ne parle pas des courtisans; c’est leur métier; mais, moi, qui ne suis que d’un conseil de département, place tout-à-fait honorifique, eh bien ! je n’ai jamais voté une seule fois comme je pensais que j’aurais dû le faire. *’

MADAME DALmVAL. ' ' ,

. 'Sous un autre point de vue aussi, j’aurais cm que monsieur votre fils étant dans la magistratiu'e,... pouvant sè' trouver un jour dans une position fort honorable... surtout à causi‘ des idées actuelles, VQQs auriez pu povtéf vos, prétentions vers mie classe phus éleVtV. ' . ^ . ...

sri:\E II. * M. nK.SCHAMPS.

Iï5-

Vdiis le savez, je .suis un bon huiiinie; je n’ai pas ■ d’iilées actuelles. Je marie mon fils comme je me serais trouvé heureux de le marier dans tous les temps.

UAUAMF, DAUNVAL.

Ail fait, cela ne me regarde pas. Et que venez- vous /aire à Paris pour ce mariage?

M. DESCIIAMPS.

Des acquisitions, ma voisine. Ne faut-il pas une corbeille? Jp me suis condamné à laisser dix mille * francs dans la c-apitale avant de m’en retourner chez moi.

^ * MADAME IIALINVAL. ... '

' Dix mille francs! • ^

M. DE.SCIIAMPS.

Je pourrais même aller au-delà; cela ne me coûte Viên. J’ai utie partie de bois tjue j’avais^ toujours des- *. tinée à cet usage. . *

MADAME UAUNVAL. ’

Vous êtes, bien heureux. Je ne sais pas comment cela se fuit; mais, à Paris, on n’a jamais rien à desti- •ner d’avance. N’allez pas vous laisseï- tromper, au tnoins. Je vous indiquerai mes fournisseurs.

M. UE-SCIIAMPS.

;■ Est-ce que vous lie m’y conduire? pas vousmèmc ? ; • •

madame DAMXVAl..

-Si vous le voulez. Mais c’est que je ne sais guêtre ,

• (•€i*^qui'<^otivienf pour la province.

* I.A HOCIETE INTIME.

' - M. DESCIIAMPS. . ^

Tout ce qui convient jjoiir Paris. Vous venez cha-

que année en Bourgogne; vous avez vu beaucoup de * nos dames; je ne crois pas qu’on se mette nulle part ^ . autrement qu’on se met à Dijon.

MADAME DALINVAI..

Cela étant, je choisirai comme pour moi. Vous me restez ce soir?

M. DESCHAMPS

Malheureusement je ne le puis pas, ma belle voisine; j’ai tant de commissions. ,

MADAME DALINVAL.

» , Vous ne ferez rien à l’heure qu’il est.

M. DESCHAMPS

Pardonnez-moi : j’ai donné deux rendez-vous à mon hôtel.

MADAME DALINVAL.

■ Vous revipndl'ez alors. <2’est aujourd’hui mon jour, ^ j| et je suis curieuse de vous faire connaître cette bonne société que vous m’entendez si souvent regretter en Bourgogne. Tous les jeudis je reçois, ^

mais en intimité seulement. Mon mari ne reste 1

jamais ce jour-là; je suis .sûre aussi de n’avoir per- - (tonne dé ma famille; de sorte que c’e.st un petit comité tout-à-fait compoiM* d’amis. Rien n’est -plus agréable. . ,

• M nKSCHAMPS. ’’

Je ne crois pas vous avoir demandé de nouvelles de monsieur Dalinval. ^

-Digi(i^9dby(^ ' ilf

* ‘ 9CÊWE II. 12K

MADAME DALIMVAL.

C’est toujours monsieur Dalinval, comme vous le voyez dans sa terre, ne pouvant pas, Dieu merci, rester un instant en place; ce qui fait que nous sommes très-rarement ensemble... Ah! promettez-moi de revenir, mon bon voisin.

M. DESCHAMPS

■ J’y ferai tous mes efforts.

MADAME DALINVAI*

C’est que vous ne pouvez pas vous Bgurer en province ce que c’est qu’une société bien unie, sans tracasserie, où chacun parle tout haut, d’autant que ce sont tous gens d’esprit et dans les meilleurs principes.

M. DESCHAMPS

Vous êtes toujours liée avec cette petite dame que vous nous avez amenée il y a deux ans ?

MADAME DALIiWAL.

Madame de Gennetine? Moin.s. Il n’y a pas '

de, ma fatite. C’est une personne assurément trèsdistinguée; elle est parfaite même; mais elle s’en tient là.

M. DE.SCHAMPS.

Ce n’est pas trop mal. ■ •

MAD.AME DALINVAL.

Sans doute; cependant il ne faut pas se singulariser. Elle veut se conduire seule ; elle refuse toute

association. Vous savez qu’aujourd’hui les femmes

LA SOCIiaE IXTIME*/

d’une certaine sorte, pour donner l’exemple, se prêtent à difïêrentes bonnes œuvres; nous allons, nous venons, nous courons, et toujours dans un sens convenu; elle, pas du tout. Elle a ses pauvres, dont on ne rentend jamais parler; elle fait ses aumônes en cachette; en un mot, elle n’est bonne à rien. ‘

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