XXIV. Bragant mey qu'u Cagot noa brague en hèste-ennau
Plus fier qu'un Cagot ne Test en jour de fête solennelle. — Le sens général de ce proverbe, qui se trouve dans la Pastourale deu Paysaa, la Pastorale du Paysan, de Fonde ville*, est facile à saisir ; mais il n'est guère possible d'en préciser la signification particulière. Pour quel motif les Cagots, ces parias
' Pièce citée et analysée : ReviAe des langues romanes^ p. 561, D' Noulet, Histoire littéraire des patois du midi de la France,
dn Béarn, avaient-ils sujet de montrer quelque fierté les jours où l'Église célèbre ses grandes fêtes? Leur semblaitil qu'ils étaient alors moins « maudits » que de coutume ? En ces jours, y aurait-il eu, à leur égard, comme une « trêve de Dieu» ? Ou bien, dans ces solennités, mieux vêtus que d'ordinaire, oubliaient-ils leur misérable condition et le témoignaient-ils par un contentement qui ressemblait à de la fierté ? Point d'histoire ou trait de mœurs, il ne serait pas sans intérêt d'être fixé sur l'origine du proverbe.
^ra^a, être fier. Dans le vieux français, l'adjectif «bragart» signifiait « bien ajusté, hardi. » C. Hippeau, Glossaire^ XII* et XIII^ siècles.
Chacun fait le bragart Et chacun n'a pas un patart.
En présence de ce proverbe français de Gabriel Meurier, XVP siècle, est-il permis de croire que celui-ci puisse être béarnais dans le recueil de MM. Hatoulet et Picot :
Tau qui hè lou bragard N'ha pas Ihèu u patard.
Tel qui fait le hardi (le fier), — N'a pas peut-être un patard (un gros sou).
Cet exemple et beaucoup d'autres du même genre, que nous pourrions citer, montrent bien que MM. Hatoulet et Picot, et avant eux M. Vignancour*, furent peu scrupuleux, mais sans parti pris certainement, dans le choix des proverbes qu'ils qualifiaient de béarnais.
Au sujet de hèste-ennau (pour annau), j'avais écrit, en 1859, dans la Revue (T Aquitaine, III, p. 553: «Les jours de grande fête, à Pâques notamment, les Béarnais se revêtent d'habits neufs ; aussi les grandes fêtes sont-elles appelées hèstesen-nau, fêtes-en-neuf, c'est-à-dire que l'on célèbre en habit neuf. »
A cette explication je crois aujourd'hui qu'il faut préférer celle qu'a donnée M. Léonce Couture, dans le Bulletin de la province ecclésiastique d'Auch, III, p. 94 : « Hèste-en-nau, dit-il,
* Poésies béarnaises, t. II (Pau, Vignancour, 1860).
peui bien être une altération de hèste annau, fiête annuelle, qu^ se trouve dans V Automne de J.-G. d'Astros, 1643 :
Moun Diu, lou boun oli 1 Mon Dieu, la bonne huile (le vin) I
A,rregausijpu.que m'en boli, Je veux m'en régaler,
Ap menses cade hèste annau Au moins à chaque fétç annuelle.
« L'expression de fête annuelle, pour solennelle, etst encore aujourd'hui consacrée, par \9i liturgie, dans plusieurs diocèses de Franpe, »