XLIX. Ha lou limasourd
« Voltaire a dit au sujet de l'escargot et de la limace ^ Je crois l'une et l'autre espèce sourdes; car, quelque bruit qu'on fasse autour d'elles, rien ne les alarme. Si elles ont des oreilles, je me rétracterai; cela ne coûte rien à un galant homme.
» Voltaire n'est pp,3 le piîemier qvii ait observé cette surdité : les Béarnais ont une ancienne expressiqn qui le, prouve ,et qj^i offre en même temps un terme expressif manquajit à. la langj*e . française. Ils appellent limachourt un homme rusé, qui feint
de ne pas entendre. Le colimaçon se nomme limac dans leur idiome, et limacsourd veut dire colimaçon sourd; de manière que Ton compare, en Béarn, la surdité apparente de cet homme à la surdité réelle du colimaçon, depuis plus de cinq cents ans. Il fait le limasourd, prononcent les Béarnais, pour dire : Il feint la surdité du limaçon, parce qu'il ne veut pas entendre.
» J'aime le dialecte de mon pays, et j'ai cru lui devoir cette remarque. »
Ces lignes sont tirées du tome IV des Aventures de Messire Anselme, ouvrage de notre compatriote Hourcastremé (Paris, Lemierre, libr., 1796). — Pour mon compte, je n'y saurais reprendre qu'une chose au sujet de la locution proverbiale : Ha iou limasourd. faire le sourd comme un limaçon. Notre Béarnais me semble être un peu Gascon lorsque, sans en donner la moindre preuve, il affirme que l'origine du proverbe remonte à plus de cinq siècles.
Dans l'argot des voleurs, « lime sourde » signifie aussi un (( sournois. « Alf. Delvau, Dict. de la langue verte.
Le béarnais limasourd et le français in partibus « lime sourde » n'auraient-ils pas une origine commune, se rapportant au (( limaçon» plutôt qu'à la « lime » ?
Et, dans ce cas, l'expression « faire la lime sourde )> ne devrait-elle pas avoir une autre signification que celle qui lui a été donnée par H. Le Gai, dans la Petite EncycL des prov. : « Chercher, par des menées secrètes, à nuire à quelqu'un » ?