‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 14 sur 166 · SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL

M««. DE VÉRANTOIS, LE CHEVALIER, M. lŒS BARDI5.

M»». DE VÉRANTOIS.

Eh bien , Chevalier , arrivez donc.

LE CHEVALIER

Ah*! madame , avez-vous de bonnes nouvelles à nous dire ?

M»V DE VÉRANTOIS.

Les meilleures du monde.

LE CHEVALIER

M. de Vërantois consent donc que Ton joue la comédie ici?

M"«. DE VÉRANTOIS.

Je vous réponds qull en sera enchanté.

LE dHEVALIER.

Vous Ta-t-il dit ?

Wr». DE VÉRANTOIS.

Mais à peu près. Je sais comment il faut le prendre. Voioi ce que je fais : je me garde bien de le con^ trarier ; je dis d^abord comme lui , et ensuite, peu à peu , je Farnène à dire eomme moi.

M. DES BÂiiDtS.

Voilà comme , avec de Fesprit , on réussit toujours.

LE CHEVALIER

Et avec un bon esprit, je dirais presque de la phi^ losophie.

M««. DE VÉRANTOIS.

Wé ^eùséz pas rire ; je ti*agïs cjae d après la connaissance que j'ai de son caractère.

ONZIÈME JOUANÉE. 47

LÉ CHEVALIER

Gesi lovjanrÈ cette coûïiai^sance qui donne un grand avantagé stLv les honlmeâ.

jl«e DE VÉRANTOIS.

Je lui connais une sorte de Tanité.

LE CHEVALIER

Oui?

M*«. DE VÊRANTOIS.

Sans doale ; il est bien aise qti^ofi s^amttse chez lui autant qu^ailleurs , et il veut même qu^on croie sWuser encore davantage.

LE CHEVALIER

Je n^aurais pas imaginé cela.

BT»*. DE VÉRANTOIS.

Prenez donc garde qu a table , par exemple , il ▼ante tous les plats : Mangez de cela , messieurs , c*est la meilleure chose du monde ; et, nulle part qulci , ce ragoùt-là n'est si bien fait.

H. DES BARDIS.

n me semble que je Fentends.

M"»V DE VÉRAWTOIS.

Je veux vous ftiire boire d'un bon vin ; vous n'en avez jamais bu de pareil ; il 7 a trente ans qu'il est dans ma cave. Eh bien ! qu'en dites-vous ?

LE CHEVALIER

A merveille ! Mais , quand on donne de si bonnes choses , c'est une vanité bien placée.

M»*. DE VÉRANTOIS.

Avec cela , pourtant , il ne fait rien pour réussir } il a une sorte de timidité qui l'empêche de rien proposer.

LE CHEVALIER

Pourvu qu'il consente , c'est tout ce qu'il nous faut.

M»«. DE YÉRANTOIS.

n me laisse agir afin que y lorsque les choses ne réussissent pas , il puisse les mettre sur mou compte*

M. DES BARDIS.

Et TOUS VOUS en chargez ayec plaisir ?

M»*. DE VÉRANTOIS.

Oh ! de tout , de tout.

LE CHEVALIER

Nous pouvons donc être sûrs qu'il ne s'opposera à rien ?

Non, je vous dis, il est timide ; il n'oserait jamais «

LE CHEVALIER

n faudrait actuellement décider les pièces que nous jouerons.

M"*. DE VÉRANTOIS.

Oui , vous avez raison ^ il n'y a pas un moment à perdre. Je vais chercher ces dames et faire avertir M. de Pimay.

LE CHEVALIER

Nous allons vous attendre ici ?

M—. DE VÉRANTOIS.

Sans doute , Je les amène i l'instant.

( Elle va pour sortir. ) M. DES BARDIS.

Gomment trouvez-vous cette femme-là ?

LE CHEVALIER

Odieuse.

M-»«. DE VÉRANTOIS.

A propos , que je vous dise donc. Croyez-vous que la Présidente joue bien la comédie ?

LE CHEVALIER

Je pourrais me tromper , mais je pense qu'elle a tout ce qu'il faut pour bien jouer.

Je ne dis pas....

LE CHEVALIER

Sa figure est charmante ! Sa taille , son maintien , tout en elle a de la grâce , de la noblesse ; elle a de la sensibilité dans la voix , de Fesprit, et un ton excellent.

M»* DE VÉRANTOIS.

Oui , oui , â en juger par tout cela , vous avez raison; il y a de quoi faire une actrice excellente , ou au moins très-agrëable ; mais....

LE CHEVAL lERit

Aussi je ne vois rien qui s^y oppose.

M"«. DE VÉRANTOIS.

Je vous dis , je pense comme vous. D'ailleurs, elle est fort mon amie ; nous avons été ensemble au couvent, ainsi....

M. DES BARDIS.

GVst-à-dire , tous avez été dans le même couvent.

M"»«. DE VÉRANTOIS.

Oui. N'ai-je pas dit cela ?

M. DES BARDIS.

 peu près.

M"«. DE VÉRANTOIS.

La différence qu'il y a eu d'elle à moi , c'est qu'elle y est restée jusqu'au moment où elle a épousé le Président, qui est tombé malade peu de temps après, et qui est mort au bout de trois mois. Enfin , elle ne vient que de quitter le deuil.

LE CHEVALIER

Je ne vois rien dans tout cela qui s'oppose au talent de bien jouer la comédie.

M"«. DE VÉRANTOIS.

Pardonnez-moi. Vous voyez bien que , depuis le

Page 1