‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 15 sur 166 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

5o LE RÉPERTOIRE INUTILE,

temps qu^elle est dsois le moade, elle n*a pas pu

aller assez au spectacle.

LE CHEVALIEB.

Je conviens qu'dle y a pçu.jété.

!!»•. DE VÉRAUTOÏS.

Ce n^est pourtant qu£ là qu'où peut apprendre à bien jouer la comédie.

LE CHEVALIER

Je trouve que , lorsqu'on a de Tesprit , qu'on sent bien son rôle , qu'on a de l'aisance et du maintien , on est en état de jouer , et très-Sien*

M»*. DE VÉRANTOIS.

Je ne sais si je me flatte, je crois avoir tout cela ^ et cependant , j'ai joué pendant deux ans très-mal.

LE CHEVALIER

Vous l'avez cru ?

Cela est impossible !

M"». DE VÉRANTOIS.

Non , non , je sens bien que j'ai plus d'aisance ^ d'ailleurs , j'ai pris beaucoup de leçons , et j'ai dans la tête tous les tons des vers de chaque rôle intéressant.

LE CHEVALIER

C'est , à ce que je crcMS , ce qu'on appelle savoir copier.

M»«. DE VÉRANTOIS.

Oui , c'est mon grand talent ^ je contrefais toutes les actrices à s'y méprendre.

M. DES BARDIS.

Peste ! voilà ce qu'on appelle savoir jouer la comédie.

M—. DE VÉRANTOIS.

Je vous dis , vous verrez , vous verrez.

ONZIÈME JOURNÉE. 5î

Cest comme si je Tayais tu ; je tous sais déjà par cœur.

M»". DE VÉHANTOÏS.

Yoas Foyez donc bien que 1^ Pi^^sidente nç peut pas encore être formëç & jouer la comédie.

LE ghëyàlikr Je crois qu'elle sera naturelle.

M"». Bje. VÉRAIÏTOIS.

Tentends toigours dire naturelle, je ne comprends pas ce que cela sigixi£iie ; .mturelle, je crois, veut dire saus ëtii^e. Eh bien ,' je n'ai ^ a faire apprenddre un rôle à la fille de mon jardini^t , elle sera na*turelle , mais elle ne sera pas actrice pour cela.

M. n£3 BARDIS.

Voilà qui est admirablement vu !

LE CHEVALIER

Je ne savais pas quil fallût jouer en actrice.

M. DES BARDIS.

Mais on ne monte sur le théâtre que pour faire voir qu'on est bonne actrice.

LE CHEVALIER

Oui , cela est fort juste.

M»% DE VÉRANTOIS.

n faut savoir toutes ses positions dans les différentes scènes ^ combiner tous ses mouv^mens , avoir des oppositions dans ses gestes , et savoir dire , surtout , ses âpâfte de manière que tout le monde les entende.

LE CHEVALIER

Cela est vrai , il faut tout cela.

M. DES BARDIS.

Ah ! personne ne possède toutes les ressources

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me le fait désirer , vous le comprendrez à mer- Teilles.

Plus j'y rêve.... Ah ! c'est la Présidente ; je le parie.

LE CHEVALIER

Oui , c'est elle-même. Sa liaison avec madame de Térantois m'a fait désirer de venir ici • On a parlé d'y jouer la comédie , et j'ai saisi cette occasion pour o£frir de faire un lôle.

M. DES BARDIS.

Fort bien !

LE CHEVALIER

TsA cru voir que ma proposition plaisait à la Présidente , et j'en ai été enchanté,

M. DES BARDIS.

Elle est infiniment aimable !

LE CHEVALIER

Elle a une gaieté douce et fière en même temps , qui est tout-à-fait séduisante.

M. DES BARDIS.

Je ne conçois pas qu'elle soit amie de madame de Vérantois*

LE CHEVALIER

Celle-ci lui a fait beaucoup d'avances ; et puis , eUe n'est pas encore fort répandue.

M. DES BARDIS.

La croyez-vous sensible ?

Je désirerais fort qu'elle le devînt pour moi ^ mais je n'ose encore l'espérer.

M. DES BARDIS.

H sera impossible qu'elle ne s'aperçoive pas de la présomption et des ridicules de son amie.

LE CHEYALIER.

D'autant qu'elle voit très-bien.

M. DES BÂRDIS.

Tous Toyez de même, et eHe sera bientôt dans le cas de tous faire , à propos de tout cela , de petites confidences où il faudra du mystère.

LE GHEYALIEB.

Voilà sur quoi je compte un peu.

Bi. DES BA&DIS.

Ce n'est que de la malice , et non pas de la mécbanceté.

LE CHEYALIER.

Elle en sertit incapable.

M. DES BARDIS.

Un système de plaisanterie en amène un plus sérieux , et les petits secrets amènent peu k peu les grands.

LE CHEYALIER.

Je n'en suis pas encore là : je Yais doucement ; je cherche à amuser son esprit , pour parvenir à intéresser son coeur.

M. DES BARDIS.

Voilà précisément la marche d'une grande passion.

LE CHEYALIER.

Je ne yous dissimulerai pas que je crois que la mienne sera très-forte.

M. DES BARDIS.

Vous aurez beaucoup à faire, pour amener la Présidente à la partager.

LE CHEYALIER.

Comment ?

M. DES BARDIS.

Je dis , YOUS aurez une foule de pr^ngés à combattre.

ONZIÈME iOÛRWÉE. SB

LE OHKlTALrER

Des préjugés ?

M. DES BARDIS.

Si elle avait settlemeat vécu dans le monde pendant un an , si elle connaissait beaucoup de femmes, elle vous aurait aplani bien des difficultés.

LE CHEVALIER

Si elle était comme les femmes dont vous parlez j je ne la verrais que comme une jolie femme à Ta mode.

M. DES BARDIS.

Et vous n'auriez point d'amour pour elle?

LE CHEVALIER

Je pourrais avoir une de ces fantaisie^ d'amo«rpropre ^ voilà comme j'appelle ces sortes d'attachemens-là.

M. DES BABiDIS.

Vous avez raison \ c'est l'estime et le respect qui caractérisent le véritable amour. Aussi commencet-il k devenir rare.

LE CHEVALIER

' On eai Ueu loin du respect qu'il doit inspirer , quand on veut faire manquer la femme qu^on aime i ses devoir») à ce qu'elle se doh à elle-même.

M. DES BARDYS.

Croyez qu'on en est presque sur, avant dele tenter.

LE CHEVALIER

Si j'ai le bonheur d'être aimé de la Présidente , je l'épouse.

M. BES BARDIS.

Voilà un grand projet!

LE CHEVALIER

Je serai riche un jour ^ elle l'est actoellemeùt ;

naos nous aimerons , en attendant que rien ne s op-*

pose i nos désirs.

M. DES BARDIS.

Et sH y a des difficultés , dles nourriront YObre constance , si elles ne la rebutent pas.

LE CHEYALIEIL

Quand madame de Yérantois dit ipi'il faut de 1 étude et des leçons pour bien jouer la Comédie , elle n'a pas vu répéter à la Présidente le rôle de 2Va- Ttîne , celui de la Marquise dans la Surprise de TAmour.

M. DES BARDIS.

Elle les joue bien ?

LE CHEYALIER.

A fidre la plus grande illusion \ je suis toiqours prêt i me croire aimé d'elle.

M DES BARDIS.

C'est son amour pour tous «pii lui donne tant de talent.

LE CHEYALIER.

Ab l comme je le voudrais !

M. DES BARDIS.

Eb bien , il faut proposer ces deux pièces , et la £dre débuter dans ces deux rôles. La voici ; je vais aller cbercber d'Ortalin , afin qu'il se trouve à la décision des pièces , et à la distribution des rÔles.

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