SCÈNE IX
LA MARQCBSE , LA VICOMTESSE , LA YBDAME , LA BARONNE, LE CHEVALIER, LE MARQUIS, LE BARON, LA MÈRE MORIN, THÉRÈSE, L'ABBÉ, NICOLAS, caché.
THËRSSE.
Venez i^ ma «aère , roilà oes dames <(aè je disais qui vous demandions*
LA. MÈRE MORIN
Et voilà ce monsieur que je te disais qm est venu
DOUZIÈME JOURNÉE. m
tantôt cheux nous. Eh , mon Dieu ! ma fille , que j*a- TOUS fait , comme ça , de belles comiaissahees !
Approchez , approches , la mère Moiin.
LA MÈRE MORIN
Ah ! madame , je sommes bien votre servante , et à toute la compagnie; je vous demande bien pardon pour cette enfant-là *, ça est si jeune que ça n'aura pas su tant seulement ce que vous lui disiez.
La vidaMe.
Pourquoi donc cela ? Elle nous a très*^bien explicpé que vous aviez bien soin dé votre sœur , et que c'est à cause qu'elle est malade , qîie vous l'aviez envoyée lui porter du vin.
LÀ MEREMORlJy.
Ah ! madame , ce n'est pas là un grand présent , voyez-vous ; c'est que le nôtre est pu vieux et un peu meilleur que le sien , v'ià tout^ et entre nous autres , il faut bien qùé j\e nous aidions.
LA MARQUISE
C'est très-bien fait. Nous voulions vous dire que nous avions trouvé Thérèse bien sage et bien raisonnable , et qu'il nous semble que vous devriez penser à la marier.
LA MÈRE M0RII9
Ah ! madame , je pensons bien à ça aussi quelquefois.
LA VIDAME
Eh bien , il faut finir.
LA MÈRE MORTIV,
Je ne demandons pas mieux ; mais il tant trouver des épouseurs.
LA MARQUISE
Elle ne doit pas en manquer.
LÀ MÈRE MORIN
Ah ! pardi , si je voulions laisser fréquenter cheux nous les - amoureux , elle n en, manquerait pas ; mais pour être en ménage, il faut autre chose que de Tamour.
LA VIDAME
Cela n*y gâte rien.
LA MERE MORIN
Je ne suis pas pour dire le confiraire à madame.
LA MARQUISE
Eh bien , il vaut mieux qu'elle épouse un bon garçon qui Taime bien , et qui soit un honnête homme.
LA MÈRE MORIN
Je ne disons pas autrement à madame ; et , s'il suffisait d'un honnête homme , je ne serions pas embarrassée de le trouver.
THÉRÈSE
C'est bien vrai ça , et il n'y a que celui-là que j'épouserons , ou bien je resterons fille toute notre
vie.
LA MÈRE MORIN
Voilà comme sont les enfans ^ pu on voudrait faire leur bien , et pu ils voulont qu^on fasse leur mal.
THÉRÈSE
n n'y a pas de mal de ne vouloir se marier à personne.
LA MERE MORIN
Je vous disons , voilà comme aile est : elle n'a que son Guillaume dans la tête.
LA MARQUISE
Mais ne trouvez-vous pas Guillaume un honnête garçon ?
DOUZIÈME JOURNÉE. ii3
LA MÈRE MORIN
Ah ! inon Dieu , oui !
LA VIDAME
N'est-il pds fort sage ?
LA MÈRE MOiillfr.
Âh ! mon Dieu , oui !
LA VIDAME
N'est-îl J)ar tm bon travailleur ?
LA MÈRE MOÀIN.
Ah ! moti Dieu , oui !
LA MARQUISE
Eh biéii , J)Oiirqùoi hé vdiilèàB-ivoiis Jia* lé dôntief |K)ttr mari à votre fille ^ la ihère Morin ?
LAMÈkE MOk'iN.
n a beau être honiiéte garçon , fort âagé ^i boh travailleur , que voulez-vous que je voiis disiôiis ^ ça n a pas de bien^
!ïIGOLAS, se montrant.
Et dites-doûc ^ commère Morin ^ est-ce qu'il n'est pas mon héritier f
LA MÈRE MORIN4
Et qU^est-ce que tu as donc ^ toi f
JUlCOhAS,
Trois choses.
LA MÈRE MORI^
Et qu'est-ce que t'est que ces trois choses ? h ct-dîs que ça fait un bien d'un grand rapport !
Vante2-vous-en. Premièrement j j'ons nos bras , avec quoi je travaillons.
LA iriiÈRE MoKm.
Quand tu ne bois pas.
TOMB ui. ^
ii4 LE GR^BTD CHEMIN,
NICOLAS
Mes yeux , qui me serveut à vous Toir, comnière Morin.
LÀ MÈRE MORIN
Pardi , t'as-là une belle vue !
NICOLAS
Et mes jambes , qui me servout à me porter....
Là Mj^HE moRisr.
Oui , à terre à chaque pas«
NICOLAS
Vous avez tort , la mère ; je ue suis pas encore tpml^çclela journée» et la voilà bien avancée.
LA HAEQUISJE.
Écoutez-moi, la mère Morin ; vous croyez que Guillaume n'est pas assez riche pour épouser votre fille?
LA MÈRE MORIN
Oui , madame.
G^est ({ue vous ne savez pas ce qui lui est arrivé d'heureux*
* LA MÈHE MORIN.
Quoi que c'est dbne , madame ?
LA MARQUISE
Il a trouvé un trésoTi» .
Lia MfiRB iHORIN.
Lui?
t THÉRÈSE.
Guillaume ?
Oui , le voilà.
LA MBRe MORIN.
Quoi ! tout cet or-là ?
DOUZIÈME JOURNÉE. nS
LA VIDAMK.
Oui , il ôst à lui.
LA MÈKE MORIN.
Mais , s'il l'a tPOuré^ il fandrst quHl le rende-
LA VIDAME
Non ^ c'est Une gageui:e qu'il a gagnée : il y a plus de cent écus.
LA MÈHE MOKIH.
Âh ! dame , si c'est comme cela...w Ma fiile ?
THÉRÈSE
Eh bien , ma mère ?
LA MÈRE MOrIn.
Attends donc , que je réyîons k ce bonheur-lli. Vous ne pouvez plus refuser Guillaume.
LA MÈRE MORIK.
Mais , je ne savons que dire ; je crois que non.
THÉRÈSE
Ah ! ma mère !
LE BAROH.
Madame la Marquise , vous étieas sûre de votre fait quand vous avez pariée ,
LA MARQUISE
l'étais soàre au fmoins de vous faire k tous grand plaisir > en vous faisant partidper à une bonne
action*
i^EiÇ^BVAiCieit.
Ah ! voilà le Comte.
ii6 LE GRAND CHEMIN,